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Critique : Mon Roi, couronnement du personnage

Maïwenn revient quatre ans après Polisse avec un sujet d’une autre envergure : après les tumultes d’une brigade de protection des mineurs, la réalisatrice décide de faire confiance à ses spectateurs en leur confiant son intimité ; Tony (Emmanuelle Bercot), une avocate célibataire, rencontre au détour d’une soirée arrosée le charmeur et richissime Georgio (Vincent Cassel). S’en suit une fable amoureuse rétrospective en montage alterné avec le quotidien actuel de Tony, désormais divorcée et en maison de rééducation à la suite d’une grave chute de ski.

Si l’écho entre les deux espaces temporels ne suffit pas à justifier la rééducation psychologique de Tony (on aurait préféré un véritable récit de ré-apprentissage plutôt que ces bonnes grosses marrades entre une quadragénaire paralysée par sa jambe et une bande d’adolescents), le film gagne en profondeur au fur et à mesure des séquences très intimistes mettant en scène Vincent Cassel (toujours incroyablement juste en adulte éternellement immature) et Emmanuelle Bercot (brillante de simplicité malgré des scènes presque embarrassantes, on pense notamment à Tony ivre qui fustige de ses problèmes conjugaux les « amis » de son mari).

Aussi ingénu l’un que l’autre, Tony se demande pourquoi Georgio aime une femme si « normale » (comme elle se décrit elle-même, s’opposant à toutes les mannequins qu’il a fréquentées avant elle) alors que ce dernier lui fait un enfant et la demande en mariage sans jamais se demander s’il en est épris. Ni l’un ni l’autre ne sait poser les questions, et c’est sur leurs sentiments et ressentis que leur confiance est donnée. C’est la rapidité des évènements finement filés sous ellipse qui nous amène non pas à juger le couple mais à vouloir le suivre, dans son innocence et sa foi en lui-même. On pourrait le juger surréaliste, chaque émotion semble démesurée et pas une seule séquence ne fait que contempler le couple dans son prosaïsme ; mais n’est-ce pas justement cette démesure sur le long terme qui est à la fois jouissive et dévorante ? ce radicalisme affectif des personnages qui nous ronge ? les excès d’immaturité de Georgio qui nous ramènent au temps de l’innocence ? Cette mise en scène pléthorique est une tragédie grecque qui s’affranchit de tout aspect cathartique : ce qui est formidable, c’est qu’à l’inverse, on veut le meilleur sans craindre le pire ; c’est cet encéphalogramme en pics qui nous amène vers la vie, qui nous fait désirer, qui nous fait haïr au rythme des personnages.

Mon roi une Critique : Mon Roi, couronnement du personnage
C’est au détour de la détresse de ce couple qu’intervient Solal (Louis Garrel, balayant toute superficialité de jeu d’un revers de main), le frère de Tony. Il représente à lui seul toute la bienveillance nécessaire à la rééducation de sa soeur. C’est le fait même que Solal soit sur ses gardes dès la rencontre de Tony et Georgio qui prévient le risque, et qui malgré l’accident amorce la guérison, bien plus que toute cette mascarade trop aisément métaphorique du centre de rééducation. L’énorme point faible de Mon Roi est d’avoir superficialisé la renaissance de son écorchée vive, quand son entourage représentait déjà une formidable figure de guérison. La limpidité du jeu de Garrel et la prise de distance dont est capable son personnage convergent en un même point : nous remettre de ces effusions d’humeurs. L’acteur apporte une respiration entre chaque séquence, qu’elle soit heureuse ou malheureuse, il est le chien-guide du spectateur contaminé par la cécité relationnelle de Tony et qui ne sait plus s’il peut faire confiance.

Le point de vue absolument féminin et personnel de Maïwenn se garde adroitement d’accabler son personnage masculin -qui pourtant est loin d’avoir le beau rôle- et les effervescences psychologiques des deux amants n’en sont que mieux exprimées. Bien au-delà du décor néo-libéral noyé dans le caviar et le champagne, la réalisatrice nous fait spectateur, sans voyeurisme ni prise d’otage, d’une histoire d’amour intrinsèquement tragique, et ne se concentre que sur cette dernière, si bien qu’on comprend que la véracité palpable de cet amour vient d’un autre amour, celui du Bal des actrices, celui de Polisse : celui de Maïwenn pour ses personnages.

Interview : Brigitte Sy, Reda Kateb et Louis Garrel pour l’ouverture du FIFF

« Les bons acteurs sont de bonnes actrices » Louis Garrel

La 37ème édition du FIFF a débuté sur les chapeaux de roues. Pour la soirée d’ouverture était présenté en avant première L’Astragale, le second long métrage de Brigitte Sy. Pour l’occasion, toute l’équipe du film était présente, Nouvel Écran a pu rencontrer la réalisatrice, Louis Garrel et le fraîchement césarisé Reda Kateb !

interview brigitte sy reda kateb et louis garrel pour louverture du fiff 1 Interview : Brigitte Sy, Reda Kateb et Louis Garrel pour louverture du FIFF
© Hannibal Volkoff

Brigitte Sy est fière et honorée que son film soit présenté en ouverture du FIFF, elle revient avec nous sur sa création.

Qu’est ce qui vous a donné envie d’adapter L’Astragale qui l’a déjà été au cinéma ?
Il l’a été une fois en 1968. Mais, je l’avais en tête depuis longtemps car je l’ai lu quand j’étais jeune et je cherchais une idée d’adaptation de livre. J’ai, tout simplement repensé à celui-ci.

Pourquoi le choix du noir et blanc ?
C’est d’abord un choix esthétique. On voulait faire quelque chose de très épuré et on aurait eu plus de mal à atteindre cette stylisation en couleur. Puis, économiquement ça nous a aussi beaucoup soulagés parce que, pour obtenir de belles matières en couleur, ça demande beaucoup d’argent.

J’imagine que pour les mêmes raisons, vous êtes restée très proche des acteurs. Vous avez toujours des plans très serrés.
Non, ce sont des choix esthétiques. Ce n’est pas du tout parce que l’on ne veut pas voir ce qu’il y a derrière ou que l’on n’a pas assez de décor, j’aurais fait la même chose si j’avais eu beaucoup d’argent.

interview brigitte sy reda kateb et louis garrel pour louverture du fiff 2 Interview : Brigitte Sy, Reda Kateb et Louis Garrel pour louverture du FIFF
© Hannibal Volkoff

Qu’est ce qu’être une réalisatrice dans un monde masculin représente pour vous ?

On ne pense pas au fait d’être une femme, on pense à vouloir faire des films, à exercer son art.

L’Astragale est avant tout un film d’acteur. Comment s’est passée la collaboration avec tous ces très beaux acteurs ?
Super bien, ça a été un tournage assez fantastique, tout le monde le dit mais c’est la vérité. Tout le monde a fait le même film que ce soient les acteurs ou les techniciens, c’est le même élan qui nous a portés.

En quoi votre expérience d’actrice vous a servi pour diriger ce film ?
Je crois que ça aide énormément, on se met à la place de l’autre tout le temps. On est en empathie permanente sur la question du jeu.

Louis Garrel arrive au pas de course, il est là pour soutenir sa mère, il ne sait trop quoi raconter, il ne joue qu’une saynète dans le film mais prend le temps de nous parler en tant que réalisateur, de la place des femmes dans le cinéma actuel.

interview brigitte sy reda kateb et louis garrel pour louverture du fiff 4 Interview : Brigitte Sy, Reda Kateb et Louis Garrel pour louverture du FIFF
© Hannibal Volkoff

Vous avez une courte apparition, qui est assez drôle. On n’est pas forcément habitué à vous voir dans des rôles comiques, est ce que c’est quelque chose que vous voudriez cultiver ?
On sait jamais si l’on est fait pour les rôles comiques ou pas, mais c’est toujours bien. Quand je suis sur scène, comme au théâtre, c’est le moment où je peux voir si les gens rigolent. Au cinéma même si les gens te disent « tu m’as fait rire à cet endroit » tu ne sais jamais vraiment. C’est vrai que la sensation de faire rire les gens, c’est quelque chose d’important.

Est-ce que vous pensez que c’est important un festival de films de femmes aujourd’hui ?

Oui, c’est vraiment très bien. J’ai du mal à expliquer pourquoi mais, si ça existe, c’est que ça doit répondre à un désir.

Il permet de faire vivre des films qui n’existeraient pas ailleurs selon vous?
Oui, mais maintenant j’ai beaucoup de projets avec seulement des femmes ou des amies réalisatrices. J’en ai tellement que je n’ai pas la sensation qu’il y ait besoin de les mettre en avant mais c’est probablement grâce à ce festival qui les a défendus. C’est aujourd’hui un moyen de les soutenir et de soutenir le mouvement. Actuellement, il y a tellement de femmes qui font des films ou qui sont chef opératrices. Par exemple, mon chef opérateur est une femme, Claire Mathon.

A Hollywood, il y a aussi un gros débat sur la place des femmes en tant que premier rôle, est-ce que vous pensez qu’il n’y a pas assez de premiers rôles pour elles ?
Non, je ne crois pas, les actrices ont toujours été bien représentées au cinéma. Depuis le début du 7e art jusqu’à maintenant, on a pléthore d’actrices donc ça n’a jamais été un problème. Le cinéma, c’est un métier d’actrice. D’ailleurs, on dit toujours que les bons acteurs sont de bonnes actrices. Le cinéma est vraiment un territoire où l’actrice règne. Par contre la réalisation féminine, c’est très récent.

Reda Kateb est ravi d’être là pour défendre un film auquel il tient tout particulièrement, partageant de l’amitié pour une équipe qu’il voit comme une grande famille.

interview brigitte sy reda kateb et louis garrel pour louverture du fiff 3 Interview : Brigitte Sy, Reda Kateb et Louis Garrel pour louverture du FIFF
© Hannibal Volkoff

Qu’est ce qui vous a séduit dans le projet d’adapter le livre LAstragale d’Albertine Sarrazin ?
Tout d’abord la rencontre avec Brigitte Sy parce que je n’avais pas encore lu ni le livre ni le scénario quand je l’ai rencontrée mais j’ai aimé sa démarche par rapport à ce projet, la manière dont elle en parlait. J’ai senti instinctivement que c’était vraiment riche puis après j’ai lu une première version du scénario que j’ai aimé. J’ai découvert après L’Astragale que j’ai lu d’une traite, que j’ai trouvé vraiment magnifique. J’ai découvert une auteure, une langue, une musicalité, une rythmique, une liberté dans la langue. Ca m’a vraiment beaucoup plu. Avec Brigitte Sy, j’avais très envie de raconter cette histoire.

Est ce que vous avez regardé la première adaptation de 68 pour vous inspirer en terme d’interprétation ?
Non parce que pour jouer, au contraire, il ne vaut mieux pas regarder autre chose. Je le regarderai sûrement un jour mais je n’ai pas ressenti le besoin de me nourrir avec ça pour faire ce film.

Comment se crée un rôle dans l’intimité avec Leïla Bekhti avec qui vous aviez déjà joué ?
On se connaît bien avec Leïla, on a beaucoup de tendresse, beaucoup d’amitié, beaucoup de confiance l’un dans l’autre. Cette intimité on l’a retrouvée sur le plateau pour raconter cette histoire d’amour.