Critique : Palo Alto, le cinéma est-il un affaire de famille ?

Gia Coppola, petite fille de Francis Ford, a longtemps hésité avant de se lancer seule dans le vaste océan qu’est le septième art et on la comprend. Car plus que le nom qu’elle porte, celui d’une des plus grandes dynasties du cinéma, c’est surtout le bon moment que la réalisatrice de 27 ans attendait pour commencer sa carrière. Bien entendu avant cela, quand on s’appelle Coppola, on n’échappe pas au fait de mettre la main à la pâte. On l’avait vu dans Twixt aux côtés de son grand-père, pour le troisième et dernier volet de sa trilogie autobiographique, cette fois parlant du décès de son fils, le père de Gia donc, mort prématurément d’un accident de quad.

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice adapte un recueil de nouvelles écrit par James Franco et intitulé Palo Alto stories. Elle explique que l’acteur est venu lui offrir son livre en lui disant qu’il ne voulait pas lui-même en faire un film mais qu’il la verrait tout à fait mener à bien cette tâche.

 

Ce dont on peut se réjouir en sortant de la salle, c’est que Gia s’appelant pourtant Coppola, ne fait pas un film qui soit en quelques points influencé par la touche familiale, si du moins il y en a.  D’ailleurs, quand sa tante Sofia fait un Bling Ring parlant de la jeunesse moralement désœuvrée de Los Angeles, voulant à tout prix s’approprier l’identité de leurs idoles en pillant leurs luxueuses maisons, Gia elle, a choisi de parler d’une autre jeunesse, celle des familles aisées de Palo Alto, capitale High Tech, passant son temps à se foutre en l’air pour briser leur routine, leur ennui et leur désespoir. La jeunesse droguée, alcoolisée, suicidaire et néanmoins riche et sans limites qui se tuent à tirer la sirène d’alarme, mais semble être enfermée dans un vide qui n’observe que le silence et fuit le bruit.

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Cette jeunesse-là, quelque peu universelle, et qui pourtant n’attire l’attention de personne, est traitée par Gia Coppola d’une manière assez intelligente, à la fois lucide et intime.  À travers une image très photographique, épurée, qui ancre les personnages dans un univers très contemporain et pour le moins travaillé, le film nous parle de tout : de rencontres, de relations parfois interdites, de conflits, d’exclusions, de souffrances et d’ambiguïté.

 

Le film jouit également d’un casting de circonstance puisque dans l’intrigue, les personnages étant plus ou moins des « fils de », qui mieux que des acteurs « fils de » pour représenter ces derniers. On y trouve ainsi Emma Roberts, nièce de Julie Roberts, Jack Kilmer, fils de Val Kilmer (qui joue également dans le film) aux côtés de Nal Wolff, fils de l’actrice aujourd’hui beaucoup moins connue que sa progéniture : Polly Draper.

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Finalement ce qu’il faut retenir de ce film, c’est que Gia Coppola y fait un joli pied de nez au Bling Ring de sa tante et nous dit haut et fort : je m’appelle Coppola mais mes films seront de Gia Coppola. C’est de cette manière que la jeune réalisatrice semble prendre plaisir à nous surprendre. Elle que l’on attendait au tournant semble épanouie et se sert plus de son nom comme un élan que comme un fardeau.

 

Palo Alto n’a donc pas à rougir pour un premier film. Si l’histoire entre James Franco et Emma Roberts peut paraître parfois poussive, chacun des personnages sait à un moment ou l’autre rattraper le film en marche et nous éblouir.

critique palo alto le cinema est il un affaire de famille 4 Critique : Palo Alto, le cinéma est il un affaire de famille ?

Ce film est une sorte de parcelle de vie, des plus belles et pires années d’une existence, où l’on s’y cherche soi-même avant de songer à un futur. À travers la rationalité oppressante et hypocrite de leurs parents, les personnages s’appliquent ainsi à leur tâche qui n’est pas plus prétentieuse que de simplement vivre sa vie comme on l’entend.

 

Même si Palo Alto est adapté d’un livre, on ressent toutefois ici une part de vécu dans la réalisation. Finalement est-il possible que Gia et James aient eu cette même jeunesse ?

Bande-annonce : Palo Alto, la troisième génération Coppola à l’oeuvre

Maître Coppola, merci. Merci d’avoir, durant votre existence, su nous faire apprécier vos œuvres, de nous avoir offert une vision du cinéma, merci d’avoir tout tenté, de Dementia 13 à Twixt, merci. 

Mais ce qui fait de vous un cinéaste complet, c’est cette soif de transmission de votre amour pour le septième art. À vos enfants, Sofia et Roman, et à un autre, Gian-Carlo, parti trop tôt, mais qui vous a laissé une petite-fille qui à son tour se lance dans cette continuité.

 

C’est à Gia Coppola, la dernière à se prononcer, de montrer qu’un nom est parfois plus qu’un nom, cette courte bande-annonce témoigne déjà d’un parti pris en phase avec l’évolution d’une famille, celui de la jeunesse. De Outsiders à Palo Alto en passant par The Virgin Suicides ou encore plus récemment The Bling Ring, Gia Coppola souhaite à son tour poser  des questions en phase avec une société contemporaine.

Adapté du livre éponyme de James Franco, également interprète du film, Gia Coppola apporte par ce premier long-métrage, sa touche personnelle, sans jamais refuser les conseils de son grand-père ou de sa tante. Elle s’efforce de respecter l’authenticité de l’histoire qu’elle raconte, tout en entreprenant sa propre quête d’expérimentations.

bande annonce palo alto la troisieme generation coppola a loeuvre 1 Bande annonce : Palo Alto, la troisième génération Coppola à loeuvre

Maintenant, on peut voir la dynastie Coppola et son patriarche avancer fièrement sur quelques notes épiques de Wagner. Les caméras ont remplacé les fusils, les enfants s’en emparent et filment leur génération, le spectre du père éternellement présent  est au-dessus des bobines, désormais virtuelles.

L’art serait-il héréditaire ?