Critique : Mon fils, une adolescence presque normale

Eyad grandit dans une ville arabe en Israël où il a une enfance heureuse. Se révélant être un enfant brillant, il entre dans le meilleur lycée scientifique de Jérusalem. Là, il devra faire face à la violence du racisme quotidien. Il se lie d’amitié avec Jonathan atteint d’une maladie héréditaire dégénérative et trouve chez lui une nouvelle famille. Il se rend vite compte que l’intégration dans cette nouvelle communauté ne sera possible qu’au prix de l’oubli de ses racines.

L’idée n’était pourtant pas mauvaise : montrer l’histoire et le quotidien des palestiniens et des israéliens durant ces dernières années traversées par les conflits et les peurs. Mon fils interroge avec justesse la question de la création de l’identité, de quoi sommes nous les enfants ? D’une idéologie, d’une haine de l’autre, d’un héros, d’un terroriste ? Eyad, adolescent en pleine construction doit jongler avec ces réalités qui s’opposent d’un côté à l’autre d’un mur. L’intelligence du film tient au regard sensible que peut avoir Eran Riklis sur la violence symbolique du conflit dans les petites choses du quotidien. Il tente de nous transmettre une réalité qui ne tombe pas dans l’écueil de l’opposition manichéenne que nous présente habituellement les médias.

Mais malheureusement un bon sujet ne fait pas un bon film. Eran Riklis n’arrive pas à faire décoller ses personnages et l’on tombe vite dans les codes du teen movie. Si l’on comprend qu’il a voulu montrer le quotidien, il en ressort une bouillie de romance à l’eau de rose saupoudrée de rébellion adolescente. On a l’impression qu’il aurait pu transposer son film dans un contexte totalement différent en conservant scénario et personnages.

mon fils une adolescence presque normale 1 Critique : Mon fils, une adolescence presque normale

Si l’on a une certaine finesse dans la manière de montrer le quotidien tout le reste en manque cruellement, à la limite du grotesque. Les relations entre les adolescents sont dignes d’High School Musical ( le 3 ) où les rois du lycée martyrisent la minorité de jeunes différents qui ne sont pas à la mode. Mais, heureusement la bonté de coeur de notre héros qui aide la veuve et l’opprimé lui permet d’avoir de vrais amis qui comme pour alourdir encore le trait sont la jeune fille délurée et l’handicapé cynique. N’aies crainte spectateur, toi qui n’as pas l’habitude de ce genre de configuration, les scènes explicitant l’incroyable supériorité de notre héros face au mal sont nombreuses et abondantes, elles transpirent tellement le bon sentiment que tu ne pourras pas les rater.

Mon fils est l’exemple parfait qu’un sujet de société même très intéressant ne suffit pas à faire du cinéma et encore moins un bon film.

Critique : Wrong Cops, le film complètement décalé du “meilleur cinéaste de sa génération”

On savait déjà que Quentin Dupieux excellait dans l’art de créer des films complètement absurdes, surréalistes et par cela dessiner une caricature en gage de réelle critique de la société. Son dernier film Wrong Cops est peut-être même le plus personnel du cinéaste et ce pour plusieurs raisons.

Né d’un simple court-métrage de 15 minutes mettant en scène Marilyn Manson et Mark Burnham, l’aventure qui a suivi sa réalisation fut bien trop merveilleuse pour que le réalisateur s’en arrête là. Il fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2012 et reçu un accueil plus que satisfaisant. « Ça devait être un court-métrage pour la promo de mon nouveau disque. On a trouvé ça amusant de faire un film de 15 mn sur ma musique plutôt qu’un simple clip. » nous a confié Quentin Dupieux lors d’une table ronde à Paris pour la sortie de son film. Après l’avoir mis en ligne sur Internet, la réponse des internautes fut « assez balèze » et du court-métrage, le réalisateur est passé au format long.

Alors qu’avons-nous pensé de ce film ? C’est tout bonnement un vrai régal, tant dans la photographie, les décors, la musique, bien sûr, que dans son humour décalé et l’histoire surréaliste qu’il nous propose. Toujours accompagné de sa muse Éric Judor dans le casting et de beaucoup des acteurs de Wrong, le film n’en est pas pour autant une suite. Cela donne d’ailleurs l’impression que Quentin Dupieux s’est créé un véritable monde avec Los Angeles dans lequel il est capable de nous proposer des histoires ayant des rapports entre elles sans pour autant qu’il y ait une véritable corrélation, elles restent chacune autonomes.

wrong cops le film completement decale du meilleur cineaste de sa generation 2 Critique : Wrong Cops, le film complètement décalé du “meilleur cinéaste de sa génération”

Les films pourtant tous deux réalisés à Los Angeles ont des décors très différents et c’est en cela que l’on comprend pourquoi est-ce que cette ville est devenue le terrain de jeu du réalisateur-bricoleur, comme il aime se décrire lui-même. « Los Angeles ne ressemble à nulle part ailleurs. Pour moi, ce lieu n’existe même pas, c’est juste un décor et un terrain de jeu pour faire des films qui ne se passent nulle part. Wrong a été tourné au même endroit et pourtant des personnes pensaient que ça avait lieu dans un autre endroit des USA. Ce n’est pas clair, cette ville n’est pas clair. Là-bas on peut tout imaginer. »

On apprécie également la musique du film, made in Mr. Oizo, où le réalisateur trouve pour la première fois la possibilité de s’en servir pour l’une de ses créations. Cette fois, il ne s’est pas trompé, la musique sert le film et ajoute même plus à cette touche décalée d’ores et déjà installée par l’histoire et ses personnages.

Wrong Cops suit l’odyssée invraisemblable de flics tous plus pourris ou débiles, voire les deux à la fois, mais dont chacun semble habité par un objectif, une raison qu’ils mettent au-dessus de tout pour les rendre parfois égoïstes ou même impitoyables. Le film est truffé d’un humour de génie, décalé, malsain qui a lui seul dessine le profil de chaque personnage.

wrong cops le film completement decale du meilleur cineaste de sa generation 4 Critique : Wrong Cops, le film complètement décalé du “meilleur cinéaste de sa génération”

Quentin Dupieux est avec Wrong Cops, clair dans son propos : « Je n’ai pas la prétention d’être un cinéaste. Je suis plutôt un touche-à-tout, un bricoleur. » Mais ce film n’en est pas moins un chef-d’oeuvre, inclassable comme son réalisateur et sa filmographie qui semble peu à peu dessiner l’image d’un artiste sans étiquettes. Le seul regret que l’on pourrait avoir avec Wrong Cops est que l’on aurait aimé que la mascarade dure plus longtemps, car quand on s’amuse avec Quentin Dupieux, on ne voit pas le temps passer.

Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Kiyoshi Kurosawa, maître du cinéma d’horreur japonais et du genre fantastique, réalise Real, un film qui lui colle à la peau, dans un univers dont il maîtrise les codes.

real un film qui part dans tous les sens 1 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Koichi vit une histoire d’amour idyllique avec Atsumi, dessinatrice de mangas jusqu’au jour où celle-ci plonge dans un coma profond. Il décide pour la ramener à la vie d’utiliser un programme de dernière génération lui permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa femme.

Le titre sert alors le film, psychique donc, qui parle de réel et va jusqu’à interroger notre propre perception et conscience de la réalité vis-à-vis de ce dernier. Avec Real, Kurosawa réalise un travail d’équilibriste en construisant un récit psychologique qui peut être tout à la fois, dans les clichés plombant du genre ou nous plonger avec un réel intérêt pour ce qui se passe dans l’histoire. Le cinéma japonais est aussi connu pour cela, jouer de retournements de situation tous aussi improbables les uns que les autres afin de nous évader dans un empire fait de rêves et de créatures.

Toutefois, la richesse narrative que nous propose le film frise régulièrement le ridicule, l’abus et nous fait perdre le fil. Même si le réalisateur essaie à de multiples reprises de nous raccrocher au récit, ses tentatives demeurent souvent vaines, comme un coup d’épée dans l’eau.

real un film qui part dans tous les sens 2 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Le rythme est langoureux voire soporifique et pourtant ce film est en plusieurs points, potentiellement appréciable. De par sa photographie, l’onirisme ultra-présent et la « patte » scénaristique japonaise, Real devrait littéralement nous transporter et nous faire voyager dans l’univers mélancolique et surnaturel de son réalisateur.

Mais à la moitié du film, le renversement de situation est tel qu’il le plonge dans un coma invraisemblable. Le coup de trop qui fait du trop plein : ce n’est pas la femme qui est dans le coma mais l’homme. Une seule question se pose alors : pourquoi ? Pourquoi s’être donné tant de mal et de peine à vouloir lui donner au fur et à mesure une consistance scénaristique pour d’un seul coup nous perdre dans les méandres d’un schéma narratif trop souvent usé et qui a beaucoup moins souvent porté ses fruits ?

real un film qui part dans tous les sens 3 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Toutefois, le film reste une grande signature de l’un des génies de la J-Horror, fort de ses références aux légendes urbaines et ancestrales japonaises telles que Sadako ou à des films comme The Ring ou Dark Water pour ne citer qu’eux. Il reste de ce fait un régal pour tous les amoureux de la culture cinématographique japonaise. C’est d’ailleurs ces éléments qui semblent seuls, du moins les derniers, contribuer à l’intérêt du film et cela rend triste le fait de critiquer un réalisateur qui peut tout à la fois, être aussi génial que médiocre.