Critique : Fou d’amour, morne ébauche d’une passion

Après Jeanne Captive, sorti en 2011, Philippe Ramos revient dans les salles obscures avec, de nouveau, un film d’époque. Toutefois nettement plus contemporain que son précédent, Fou d’amour se veut le récit post-mortem des aventures d’un prêtre volage dans un petit village de campagne au milieu du siècle précèdent.

Réalisé à partir d’un véritable fait divers, le film est, à l’image de son protagoniste, morcelé et inégal.

L’ouverture de Fou d’Amour est pourtant glaçante. Sans préambule, un prêtre négligé incarné par Melvil Poupaud, plongeant son regard sombre vers la caméra, est mené sur l’échafaud. Pas de dialogue, ni de temps mort jusqu’à ce long plan d’une lame sanglante de guillotine.

C’est donc une tête qui, dépossédé de son corps – et depuis longtemps de son âme – entreprend de conter son histoire pour, si ce n’est se défaire de sa culpabilité, au moins convaincre les spectateurs – ses « chers amis » – qu’il fut aussi victime.

Dès les premiers instants du flash back, le curé au passé citadin ombrageux, ne semble pas vouloir accepter la vie simple et calme à laquelle il est voué. Aussi veille-t-il à égayer la vie quotidienne des petits paroissiens en créant un club de foot, dont il se fait coach et président, toujours plein d’énergie lorsqu’il s’agit de taper dans la balle, sans manquer de flirter régulièrement avec le ridicule.
fou damour morne ebauche dune passion 1 Critique : Fou damour, morne ébauche dune passion

En dehors de ses préoccupations sportives, ce bon prêtre, aimé de tous les enfants, ainsi que de leurs pères ainsi débarrassés de leur encombrante progéniture, gagne l’affection des dames du village avec des activités moins catholiques. Niaises au possible, ces dernières s’offrent à lui sans retenue. Mais avec l’arrivée de Rose une jeune et jolie demoiselle amatrice de théâtre, le prêtre dévoile une nouvelle facette de sa personnalité. La cécité de la jeune fille permet à ce dernier d’user des plus vulgaires subterfuges pour la séduire. Tombant doucement dans la folie, il commet bientôt l’irréparable.

On l’a compris, Melvil Poupaud n’interprète pas ici un personnage terne et conventionnel, mais Philippe Ramos, sans doute par un trop grand souci d’intelligibilité, en fait des tonnes pour nous l’assurer. Entre des accès de joie grotesques à la vue d’un match de foot télévisé, une haine gratuite et mal mise en scène envers ses congénères masculins et des comportements genrés clichés – la séquence d’admiration béate de trois religieux devant une mobylette l’illustre divinement -, le film évolue péniblement, alourdi par une certaine dose de kitsch et l’on en vient parfois à se demander si nous ne serions pas pris pour les idiots du village.

Malgré un scénario et des comédiens au fort potentiel, le film ne parvient pas à sortir d’un entre-deux bancal. Jamais comique de manière subtile, jamais profondément tragique, le changement de registre n’est pas spontané ni gracieux.

fou damour morne ebauche dune passion 2 Critique : Fou damour, morne ébauche dune passion

Toutefois, l’excellente qualité de la photographie, ainsi que le montage très travaillé (réalisé par Philippe Ramos en personne) offrent quelques perspectives à Fou d’amour, et nous sauve (parfois in-extremis) de l’ennui. Le réalisateur qui se destinait autrefois à la bande-dessinée retranscrit les lieux et ambiances grâce à quelques successions de plans fixes, prenant le temps de s’attarder sur des détails, des défauts de l’environnement des protagonistes. Laissés à la contemplation, loin des exagérations habituelles, il est enfin possible d’approfondir les pistes de réflexion que nous suggèrent de manière presque imperceptible les enjeux du scénario.

Ce traitement formel est finalement à l’image de l’oeuvre : une esquisse pas assez entière pour être exacte, aux traits trop épais pour être subtile, au charme trop ponctuel pour nous plaire vraiment.

Critique : The Smell of Us, les bas fonds de la jeunesse parisienne

Seul ou en bande, le jeune parisien de Larry Clark éclate son corps et sa vie dans les bas fonds de la nuit ou sur le parvis du palais de Tokyo.

Alors que Larry Clark installe sa prochaine exposition au MAM, il observe la jeunesse parisienne sur le parvis du musée. Elle skate sur le bitume, se salit la gueule, s’embrasse, fume et rit à s’en époumoner. Larry Clark veut filmer cette jeunesse parisienne, le projet peine à trouver des financements mais voilà que quatre ans plus tard, The Smell of Us sort enfin.

Larry Clark est égal à lui-même. Le film est sulfureux, il suinte et nous met mal à l’aise. On suit le parcours d’une bande de jeunes qui pour tromper l’ennui se drogue et se prostitue. Nous sommes avec eux dans la rue, dans l’intimité parfois très crue. Le réalisateur veut nous montrer une réalité de l’intérieur et semble vouloir rester tellement loin de tout jugement qu’il en perd tout propos. On a un film plein de stupre mais sans substance.

critique the smell of us les bas fonds de la jeunesse parisienne 1 Critique : The Smell of Us, les bas fonds de la jeunesse parisienne

Cependant, The Smell of Us est un bonheur visuel. Il s’y alterne des images propres de caméra pro et d’autres sales prises avec un téléphone. Larry Clark nous montre la matière numérique et ses possibilités. Les transitions de la première partie sont des petits bijoux, elles sont toutes pixélisées et on y ressent le mouvement à la manière d’un tableau impressionniste. Les plans centrés sur les phallus, toujours suggérés, s’enchainent ; les visages se dessinent par un rictus, une mèche rebelle ou un filet de bave. Larry Clark est dans le détail pour dessiner avec finesse le tout.

On sent que Larry Clark vieillit et se questionne sur la mort. Ici les jeunes frôlent sans cesse des corps ridés, laids et défaits par le temps. Mais pourtant la vitalité vient de cette vieillesse qui semble pomper toute la fraicheur de ce qu’elle touche. Au fil du film, la jeunesse se détruit sous nos yeux, les traits se creusent, la peau s’abîme, les relations se fanent. Les plaisirs de la chair sont alors tous douloureux ou interdits. La jeunesse semble entravée dans une vie qui nous tire irrémédiablement vers la mort.

critique the smell of us les bas fonds de la jeunesse parisienne 2 Critique : The Smell of Us, les bas fonds de la jeunesse parisienne

The Smell of Us sera surement le dernier film de Larry Clark, une perle visuelle sans fond.