Critique vidéo : Obvious Child, l’anti-comédie américaine

Synopsis : La vie de la jeune Donna Stern n’a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés… Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d’elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d’un soir et… tombe enceinte. Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l’amour au moment où elle s’y attend le moins.

Critique : Amour Fou, leçon de comédie romantique

Une comédie romantique autrichienne ? Ici il faut voir un humour acide sur fond de romantisme allemand au début du XIXième siècle. Amour fou, c’est l’histoire d’Heinrich (librement inspiré de l’écrivain Heinrich von Kleist), qui, dans son mal-être, cherche à persuader sa cousine Marie, dont il est amoureux, de se suicider avec lui. Bien sûr, celle-ci refuse … Heinrich se met alors en quête pour trouver la personne qui acceptera de s’éteindre à ses côtés. Il rencontre ainsi Henriette Vogel, bourgeoise anémiée, qui d’abord rejette cette proposition morbide, puis, se savant atteinte d’un mal incurable, trouve dans cette singulière suggestion le moyen d’en finir librement.

Entre ces lignes narratives, Jessica Hausner, avec beaucoup d’intelligence, choisi d’éviter le biopic historisant en se focalisant sur le personnage d’Henriette Vogel plutôt que celui d’Heinrich (dans la mesure où, historiquement, on ne sait que très peu de choses sur elle) pour se concentrer sur ce choix de mourir à deux. Selon la réalisatrice, l’idée du double suicide n’est pas la conséquence d’un sentiment amoureux, mais s’inscrit dans une « une réalité plus prosaïque, à deux morts individuelles — La mort à deux, mais pas ensemble ».
Celle qui se définit comme une « cinéaste visuelle » fige et fixe sa caméra sur des décors très léchés, composant ainsi ses plans comme des tableaux magnifiés par de superbes costumes (dessinés par la sœur de la réalisatrice). Les personnages s’expriment dans une langue très écrite, artificielle mais sobre, donnant ainsi lieu à quelques échanges absurdes et surprenants du type « Voulez-vous mourir avec moi ? », consacrant à ce film un humour étrange.

En bonne admiratrice du travail d’Ulrich Seidl et Michael Haneke, Jessica Hausner réussit à se défaire de cette froideur clinique, tout en gardant une distance nécessaire sur la totalité de son dernier long-métrage, avec beaucoup d’ironie, elle met en scène ce désir de mort soudain chez Henriette qui comblera par hasard celui d’Heinrich, pathétique dans sa recherche de compagnon d’infortune. Ce qui s’imposera comme un épilogue de ce récit fou n’est que plus riche en cynisme, et place ainsi la vanité comme un thème central rimant avec amour, vie, art, et mort.