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Interview : Clio Barnard, « on a trouvé Conner Chapman, ça a été une grosse surprise »

À l’occasion du Prix Lux où les députés du parlement européen récompensent chaque année un film pour les questions qu’il soulève entre autres, mais surtout pour l’amour du cinéma, nous avons rencontré Clio Barnard, réalisatrice du film Le Géant égoïste. Entretien court, concis, direct, Clio Barnard nous parle de son film, de sa carrière et de ses projets. 

Le Géant Égoïste est votre première fiction, était-ce difficile d’en écrire une ?

Oui, je ne savais pas si j’en étais capable avant de m’y mettre. Je trouvais le procédé d’écriture trop normé, mais finalement ce fut enrichissant !

Vous avez réalisé un documentaire à propos d’Andrea Dunbar, qu’est ce qui vous a conduit à le faire ?

Elle a écrit Rita, Sue and Bob, qu’Alan Clarke a  adapté en film, j’adore ce réalisateur mais ce n’est pas l’œuvre que je préfère dans sa filmographie … Et puis, même si je n’ai pas grandi dans le même genre de communauté, elle et moi venons de la même région.

Je ne savais pas grand chose de cette dramaturge à la base, donc c’est un peu une adaptation d’adaptation, ça m’a demandé beaucoup d’imagination.

Le nord de l’Angleterre à l’air moins merveilleux que le jardin d’Oscar Wilde … Est-ce la clé d’une adaptation contemporaine ?

C’est marrant parce que je n’avais pas vu de photos des paysages ou du jardin, mais oui, une sorte de parallèle s’opère entre les deux, parce que je pense que les paysages du film sont vraiment beaux et apaisants même s’il y a ces piliers électriques, et c’est un bon espace de jeu pour les enfants. Mais d’un point  de vue purement littéral, le jardin serait le chantier de ferraille, qui est vraiment un bel endroit pour permettre à des gamins de jouer.

interview de clio barnard on a trouve conner chapman ca a ete une grosse surprise 1 Interview : Clio Barnard, on a trouvé Conner Chapman, ça a été une grosse surprise

Conner Chapman réalise une bonne performance ! Comme s’est passé le casting ?

J’avais travaillé avec le même directeur de casting sur The Arbor (Arbor, qui est aussi le prénom de C.Chapman dans Le Géant Égoïste, NDLR), qui avait été tourné au même endroit, on savait donc exactement où chercher. On a trouvé Conner le premier jour du casting, ça a été une grosse surprise, on s’attendait à faire des recherches beaucoup plus longues.

Votre film a reçu un bel accueil à Cannes et à Dinard. Cela vous encourage à travailler sur de nouveaux projets ?

Oui, je travaille actuellement sur l’adaptation d’une nouvelle et aussi avec une écrivaine dans le but de lui consacrer un biopic.

Pour la dernière édition, les finalistes étaient Le Géant égoïste de Clio Barnard, Miele de Valeria Golino et Alabama Monroe de Félix Van Groeningen. Le lauréat fut le film belge Alabama Monroe, drame sous fond de Bluegrass, rythmé, décadent et bouleversant.

Propos recueillis par Alexis Pommier.

Critique : The Selfish Giant, un poème grisâtre sorti des midlands

Si on prend des raccourcis, on peut rapprocher Clio Barnard de « l’école » Ken Loach. Mais là, ça sent davantage le Yorkshire et surtout moins là TV. Sans parler non plus d’héritage direct du grandissime Free Cinema de Tony Richardson ou Karel Reisz, ou de truc « à la This is England » juste parce qu’on est en Angleterre et pas à Londres, il faut bien avouer que depuis notre fauteuil, on sent cette odeur de terrain de football gras, mêlée à celle de bière brune qui imprègne votre Barbour depuis dimanche dernier.

Le film nous transporte, mais il nous fait également ressentir un brin de frustration. On aurait apprécié davantage d’audace chez la jeune réalisatrice, surtout d’un point de vue purement esthétique, en sachant que son œuvre est inspirée du récit du même nom de ce bon vieux dandy d’Oscar Wilde. La photographie du film laisse cependant place à une intéressante profondeur de champ en s’appuyant sur la beauté naturelle de cette Angleterre rurale à la fois détruite et immortelle. Car c’est bien d’elle qu’il s’agit dans ce film, l’Angleterre, la vraie, pas celle de Benefits Street ou autres choix de facilité. Le scénario du film est trop bien ficelé pour qu’on puisse ne pas faire partie intégrante de ces landscapes, et la gueule du jeune Conner Chapman est trop vraie pour qu’on puisse ne pas avoir envie de lui mettre des baffes ou de le sortir de sa merde. Mais même dans sa merde, aussi profonde soit-elle, ce personnage arrive à véhiculer des valeurs fraternelles avec son ami, voire paternelles dans un jeu de rôles intéressant avec sa mère, à travers sa cape de néo-héros tragique, cette même cape, trop belle pour fréquenter les bancs du système éducatif britannique (pointé du doigt pour la énième fois) mais également trop belle pour que ce gamin s’envole en laissant seule une famille et une « mamangleterre » dans cette situation.

le geant egoiste plongez dans le conte d oscar wilde a travers le yorkshire 11 Critique : The Selfish Giant, un poème grisâtre sorti des midlands

Cet enfant bien est celui qu’on veut, mais il n’est pas celui qui doit pousser le matérialisme au point de créer une sorte néo-esclavagisme à transporter ses bouts de ferraille sur sa charrette au milieu de la circulation. En fait, il est tout sauf géant, et tout sauf égoïste.
La métaphore de la famille sans père à l’image d’une nation peut sembler grossier, tout comme l’aspect simpliste que prend la forme du récit à certains moments au risque de s ‘essouffler, mais pour ce qui est de l’authenticité de cette première fiction longue signée Clio Barnard, on ne peut que lui reprocher de trop nous faire partager et ressentir ce mal-être made in Britain.

Vive l’émotion, Vive l’Angleterre, Vive Clio Barnard.