Archives par mot-clé : Animation

Critique : Minopolska 2, une enfantine beauté oubliée

Comme si le seul registre de l’animation polonaise ne suffisait pas à susciter notre étrange curiosité, la compilation Minopolska 2 s’annonce ouvertement sixties. Qu’est-ce qui se cache donc derrière ces reflets aussi psychédéliques qu’enfantins, et pourquoi tout bon cinéphile ferait bien de s’attarder sur le cas du Studio Filmów Rysunkowich ?


Apprenons tout d’abord aux plus jeunes (et rappelons à nos aînés) que ce studio fut à l’origine des séries Bolek et Lolek – créée par Władysław Nehrebecki – et Rexy – de Lechosław Marszałek – soit deux séries animées largement diffusées dans le monde, notamment sur les petits écrans de nos (grands) parents ! Si certains sont encore sceptiques, sachez que ce studio a le mérite de perdurer dans la difficile économie du cinéma d’animation, en produisant encore de jolies choses, à l’image de L’Étoile de Copernic en 2009.

A travers ces courtes animations, les univers s’enchaînent et nous transportent de rêve en rêve, au-delà des âges et des époques. C’est d’abord une petite souris, avec qui on s’interroge devant une esquisse de création aux allures de chat endormi. Entre burlesque et surréalisme, les cascades dans lesquelles nous entraînent La Souris et le Chaton sont pleines de légèreté et font autant travailler notre sourire que l’ouverture de notre esprit alors rajeuni. Libéré du dessin, chat et souris se livrent à un rebondissant périple plein de couleurs et d’énergie. Cette beauté colorimétrique s’accroît Au fond des bois, dans la vie de tous les jours de charmants paysans polonais. Plus qu’une mise en avant du folklore local, cette animation frôle la déclaration d’amour à la nature et aux animaux. Rarement ceux-ci ont été représentés avec tant de goût et d’énergie, pour le plus grand régal de nos yeux ébahis. Malgré leur préciosité, ces tableaux n’en sont pas moins remplis d’humour et de simplicité. Les sons et motifs qui émergent dix minutes durant constituent à eux-seuls une impalpable source de création artistique dès lors qu’on accepte de s’y perdre.

minopolska 2 1 Critique : Minopolska 2, une enfantine beauté oubliée
Après les couleurs, les textures et la technique dominent sur le plan visuel. Mais Le Petit Corniaud contribue lui aussi à faire passer un message loin d’être vide de sens. Exemple parfait en matière d’adresse au jeune public, Le Petit Corniaud, marginalisé sur son apparence, tire poétiquement et fantastiquement profit de sa différence. Qu’en est-il alors de la particularité de la suivante Petite Mie qui devient la petite fille aux yeux pétillants devant l’excitante aventure qui l’attend : découvrir le monde et dévorer ce gourmand parcours initiatique en compagnie de personnages singuliers et familiers.

Enfin, Rexy, la star de ces animations vient logiquement et symboliquement conclure cette petite heure planante en orchestrant toute la richesse symbolique et visuelle de tout ce qui nous a été donner à absorber. Rexy Polyglotte parle à tous et pour tous. C’est bien cette innocence et cet humanisme qui parsème chaque traits et mouvements dans Minopolska 2, qu’il s’agisse d’un fantastique pourtant bien ancré dans un quotidien, ou d’une créature en papier à laquelle on ne demande qu’à être identifié le temps d’un retour en enfance … Et même si celui-ci est de courte durée, le sourire que vous apportent ces personnages habitera votre visage peut-être plus longtemps que vous ne le pensez !

Vidéo : Les films de fin d’études des Gobelins sont en ligne !

Chaque année, l’École des Gobelins nous présente sa cuvée. L’un des leaders français et voire européens en animation et création audiovisuelle forme ceux qui feront les films de demain.

Qualité des images animées et efficacité des scénarios font ici la fierté d’une école qui enseigne depuis plus de 30 ans dans ce domaine.

Vidéo : « Vincent », ou le sombre portrait de Tim Burton

En 1982, un court-métrage d’animation voit le jour, porté par la voix effrayante de Monsieur Vincent Price. Ce film de cinq minutes était à l’époque le présage d’une carrière à part dans le 7ème art. Aujourd’hui il est le résumé parfait de la filmographie de son réalisateur, Tim Burton.

En cas de doute, que pensez-vous de cette sombre histoire, mettant en scène un enfant schizophrène qui vit à la fois sa triste vie tout en solitude, et celle d’un Vincent Price réincarné par le jeune homme, un savant fou tortionnaire à l’esprit torturé, qui dans un dernier souffle cite la fin du Corbeau d’Edgar Allan Poe ?

Sous nos yeux se dévoilent ainsi les influences très précises de l’artiste, son univers singulier et ce qui le fera connaître : l’animation. Est alors narrée l’avancée de ce garçon, qui connait bon nombre de situations empruntées aux grands films de série B. Dans une ambiance expressionniste, le Frankenstein de James Whale côtoie ainsi La Nuit de tous les mystères de William Castle et La Malédiction d’Arkham de Roger Corman.

Vidéo Vincent le sombre portrait de Tim Burton 1 Vidéo : Vincent, ou le sombre portrait de Tim Burton

À l’image de Tim Burton lui-même, le petit Vincent est ailleurs, dans un monde emprunt de poésie, où le duel infini du clair et de l’obscur reflète le combat qu’il mène contre l’autorité. Une mort sur les mots d’Edgar Poe devient l’idéal de l’enfant en pâte à modeler, qui dans un travelling arrière final verra la lumière s’éteindre, ses rêves sont devenus avenir, Vincent a changé de nom, désormais on le nomme Tim Burton, seul la voix de son mentor perdurera.