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Critique : La Chambre bleue, au-delà des mots et au-delà du récit

Il n’est généralement pas de bon goût de comparer cinéma et littérature, n’en déplaise à un certain nombre de théoriciens. Cependant, s’appuyer sur un objet littéraire comme Godard ou Resnais ont pu le faire peut donner lieu à un véritable chef-d’oeuvre dès lors qu’on s’approprie le livre et que quelque chose de plus personnel en naît. Pour ce qui est de La Chambre bleue, on sent que Mathieu Amalric a cherché à faire corps et à s’unir avec la plume de Georges Simenon.

Tout comme le romancier (la comparaison s’arrêtera là), Amalric parvient à faire émerger d’un récit policier une atmosphère propre au sentimental et à la poésie. Ce film s’impose comme un réel hybride de genres dont la mise en relation crée quelque chose d’impalpable, assez peu formel, et fonctionnant mieux sur le plan narratif qu’ésthétique. Le cinéaste français s’est-il reconnu dans le personnage de Tony Falcone en lisant le roman ? En tout cas, il se l’approprie à tel point qu’on y perçoit chacun des traits qui définissent l’essentiel de ces personnages, ce qu’on pourrait appeler la « persona » de Mathieu Amalric.

L’émotion ressentie par l’auteur/acteur, dans un rôle peut-être trop bien taillé pour lui, est néanmoins perceptible pour nous ; le processus d’identification fonctionne bien, et pour cause, qui n’a jamais été face à une situation dans laquelle il est impossible de mettre des mots sur une émotion, sur ce quelque chose qui nous fait aimer, avancer, détester, reculer, qui plus est face à un mur administratif auquel les notions de sentiment ou d’impalpable sont totalement étrangères ? L’essence du drame de La Chambre bleue se trouve justement dans cette incapacité de l’amour à triompher face au corps législatif et à une bureaucratie trop enracinée, mais heureusement, le cinéma triomphe chez ce boulimique du grand écran comme un art de l’émotion plus qu’un art du récit.

critique la chambre bleue au dela des mots et au dela du recit 2 Critique : La Chambre bleue, au delà des mots et au delà du récit
Si le film prend parfois des allures de faits divers sur-poétisés avec d’étranges baisers langoureux, cheveux au vent au bord d’un bois, il en reste l’objet de captation de notre regard pendant 1H16 (format qu’on aimerait croiser plus souvent) sans interruption, lui et Mathieu Amalric, ou plutôt lui : Mathieu Amalric, qui EST cette chambre bleue autant qu’un pur maître de l’ellipse dans le cinéma contemporain.

Bande-annonce : Palo Alto, la troisième génération Coppola à l’oeuvre

Maître Coppola, merci. Merci d’avoir, durant votre existence, su nous faire apprécier vos œuvres, de nous avoir offert une vision du cinéma, merci d’avoir tout tenté, de Dementia 13 à Twixt, merci. 

Mais ce qui fait de vous un cinéaste complet, c’est cette soif de transmission de votre amour pour le septième art. À vos enfants, Sofia et Roman, et à un autre, Gian-Carlo, parti trop tôt, mais qui vous a laissé une petite-fille qui à son tour se lance dans cette continuité.

 

C’est à Gia Coppola, la dernière à se prononcer, de montrer qu’un nom est parfois plus qu’un nom, cette courte bande-annonce témoigne déjà d’un parti pris en phase avec l’évolution d’une famille, celui de la jeunesse. De Outsiders à Palo Alto en passant par The Virgin Suicides ou encore plus récemment The Bling Ring, Gia Coppola souhaite à son tour poser  des questions en phase avec une société contemporaine.

Adapté du livre éponyme de James Franco, également interprète du film, Gia Coppola apporte par ce premier long-métrage, sa touche personnelle, sans jamais refuser les conseils de son grand-père ou de sa tante. Elle s’efforce de respecter l’authenticité de l’histoire qu’elle raconte, tout en entreprenant sa propre quête d’expérimentations.

bande annonce palo alto la troisieme generation coppola a loeuvre 1 Bande annonce : Palo Alto, la troisième génération Coppola à loeuvre

Maintenant, on peut voir la dynastie Coppola et son patriarche avancer fièrement sur quelques notes épiques de Wagner. Les caméras ont remplacé les fusils, les enfants s’en emparent et filment leur génération, le spectre du père éternellement présent  est au-dessus des bobines, désormais virtuelles.

L’art serait-il héréditaire ?