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Critique : Pasolini, comment Ferrara évite-il le sujet

Quelle mouche a donc piqué Abel Ferrara pour sortir consécutivement deux « biopics » profondément dénués de substance scénaristique ? Après Welcome to New York, le procès acharné voire inquisitoire de DSK, celui que l’on compte comme l’un des maîtres du cinéma américain principalement connu pour ses films noirs, à l’instar de Kings of New York sorti en 1990, s’attaque au dernier jour d’un monstre sacré du cinéma et de la littérature italienne : Pier Paolo Pasolini.

Sur l’aspect technique, il n’y a pas grand chose à dire. Ni de bien, ni de mal, on retrouve les plans d’un réalisateur qui a de la bouteille, rien d’innovant et le film ne prétendait pas nous surprendre à ce sujet. On apprécie tout de même, l’œuvre d’un cinéaste qui a sa patte : la séquence d’ouverture, avec le visage de Willem Dafoe émergeant de l’ombre par la lumière, dans cette interview consacrée entre autre à la cause réelle de sa mort (son combat contre le gouvernement mafieux et le fascisme), une sorte d’avant goût de ce qui va devenir son futur, c’est-à-dire ce dernier jour.

Le film est réellement un hommage au réalisateur italien, voire une lettre d’amour, que lui décerne Ferrara : « Toi Pier Paolo Pasolini, génie de la littérature et du cinéma, toi qui t’es battu pour ton peuple mais toi qui es mort parce que tu étais gay dans un pays fasciste. » Cette ode à Pasolini aurait fait l’unanimité si seulement le doute ne planait pas autour du réel élément qui aurait provoqué sa mort. Du coup, Ferrara a préféré nous mentir, nous dire que si Paolo fut tué, ce ne fut point parce qu’il avait dit aux autorités qu’un magna du pétrole n’était autre qu’un membre de la mafia napolitaine mais bel et bien parce qu’il aimait les hommes. Une vision pour le coup très « américaine du cinéma hollywoodien » : le héros déchu, la mort injuste… le martyr.

critique pasolini comment ferrara evite il le sujet 2 Critique : Pasolini, comment Ferrara évite il le sujetPenser que Ferrara est cinéaste talentueux va de soi. Mais Ferrara pensant que parce qu’il a du talent, il peut nous faire avaler n’importe quoi est profondément affligeant. Il existe des genres cinématographiques où le spectateur est capable de vous suivre, même dans vos fantasmes les plus troubles, on les appelle : fantastique, science-fiction, horreur ou à la rigueur fiction pure et simple.

Le film garde tout de même des qualités non négligeables à côté de ce faux-pas déconcertant. À commencer par l’interprétation que nous en font Willem Dafoe et Maria de Medeiros. L’un tiens le rôle principal parfaitement en main, l’autre joue un personnage secondaire, somme toute avec une sincérité remarquable. Ses acteurs forment un tout sinusoïdale dans un film néanmoins attachant, où nous sommes bercés du compte à rebours d’un homme déjà fantomatique aux visions possessives et fantasmatiques de l’artiste qui rêvait encore de Saló ou les 120 Journées de Sodome (critique du fascisme, tiens donc).

critique pasolini comment ferrara evite il le sujet 1 Critique : Pasolini, comment Ferrara évite il le sujet

Pasolini d’Abel Ferrara garde donc son côté touchant, comme un manuel d’histoire incorrect, et déclare l’amour d’Abel à Paolo avec lequel il aurait sans doute souhaité partager les fantasmes.

Critique : Welcome to New York, beaucoup de communication pour trop d’acharnement

Welcome to New York était attendu presque depuis l’annonce de son tournage par Abel Ferrara – et surtout les médias – alors que le monde était encore plongé en plein cœur de l’affaire DSK. Les dernières annonces, et surtout les polémiques, ne desservent pas le film et le retour de Gérard Depardieu suscite autant d’intérêt aux yeux de ses admirateurs comme de ses détracteurs. En bref, cette annonce à Cannes, finalement avortée pour une sortie officielle uniquement en VOD prend des allures de minutieuse stratégie de communication qui a su nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment.

 

 

Fin de remise en contexte, entrons dans le vif du sujet. Ferrara prétend donc élucider à travers son film l’affaire DSK, c’est du moins ce que l’on comprend, son arme de communication, et visiblement le propos de surface du film, vont dans ce sens. Seulement, la grande question que l’on peut être amené à se poser est : comment peut-on parler d’une affaire qui a quasiment gardé intact toute son énigme quand on prend parti de cette manière sur ce que, bien entendu, tout le monde pense être les faits réels sans que ceci ne soient vérifiés ? La magie du cinéma et de ce réalisateur résident bien entendu dans l’imagination, mais attention à ne pas trop user de celle-ci pour tomber dans une sorte d’acharnement post-médiatique et potentiellement diffamatoire.

 

Trêve de médias, abordons la partie cinématographique. Le film, quant à sa réalisation, n’est pas un grand chef-d’œuvre et on l’avait bien entendu préféré avec King of New York, film noir inspiré des gangs de Big Apple, décidément obsédé par cette ville qui l’a vue grandir. Le film qui pourtant se scinde en deux parties, l’une sur l’affaire et l’autre revenant dans son passé troublé d’addict-sexuel, dégage un rythme plutôt linéaire, c’est-à-dire ni lent, ni explosif, parfaitement entre les deux.

 

critique welcome to new york beaucoup de communication pour trop dacharnement 1 Critique : Welcome to New York, beaucoup de communication pour trop d’acharnement

 

Gérard Depardieu tient ce rôle haut la main, on apprécie donc grandement son retour au devant de la scène. Son adresse de jeu fait parfaitement ressortir ce que Ferrara voulait nous montrer : tantôt un gros pervers dégueulasse, prêt à sauter sur tout ce qui bouge, tantôt un homme malade et là on ne peut s’empêcher de penser au Shame de Steve McQueen. Troublé par son besoin et sa faim insatiable de sexe qui l’a à plusieurs reprises mis dans de délicates positions jusqu’au coup de massue finale qui acheva l’homme et sa carrière. Cette carrière que Mrs Devereaux veut à tout prix sauver ne semble pas être la première préoccupation de Monsieur, d’ailleurs celle-ci s’éclipse au dernier plan sur toute la durée du film.

 

Jacqueline Bisset y fait également une très belle prestation, dans un milieu de requin, elle veut à tout prix blanchir son mari par pur intérêt. La petite déception reste présente pour Marie Mouté dont on ne peut malheureusement pas entrevoir la grandeur de son talent, En fille de M. & Mrs Devereaux – le nom de DSK dans le film – sa flamme est complètement éteinte par le scénario qui ne lui laisse que très peu la possibilité de s’exprimer.

 

critique welcome to new york beaucoup de communication pour trop dacharnement 2 Critique : Welcome to New York, beaucoup de communication pour trop d’acharnement

 

Il est donc bien loin le temps de Bad Lieutnant ou King of New York, on espère que ce ne fut qu’un égarement pour tenter de surfer sur la vague médiatique. Espérons alors qu’Abel redeviendra le génie qu’il reste, peut-être avec Pasolini. Si vous vous demandez encore s’il faut voir ce film, nous vous dirons donc que c’est à votre guise. Vous ne loupez pas grand chose et vous ne perdez pas votre temps, seulement 7 euros.