Thèmes

De nos jours, on fait ce que l’on veut. Plus de contraintes. On colorise, on décolorise, tout ou partiellement. On sature, désature, en un coup de souris.

L’image sous toutes ses formes est à notre merci. Qu’elle est belle notre décennie et ses outils numériques qui nous permettent en un rien de temps de transformer une scène de vie quotidienne en un truc totalement psyché à base de vert, de tourbillons et de fish-eye en veux-tu en voilà.

Ce que je veux dire par là c’est que, quand on a débuté le cinéma, à raconter des histoires en noir et blanc, on ne se posait pas ces questions puisque le monochrome était de mise. On axait tout sur la lumière pour créer des nuances et sur les décors pour donner un effet de « Whaouu qu’elle est belle notre production ».

Outre les effets rocambolesques que l’on peut donner à un plan par le choix des couleurs, il y a un aspect plus politique, revendicateur de nos jours, dans le fait d’avoir de multiples possibilités dans la direction artistique que l’on donne à un film.

Je ne suis pas en train de dire que la couleur a tout fait foirer ou a banalisé une certaine sublimation, juste que cela nous fait envisager sa présence sous un autre aspect. On ne va plus dire « Ils ont colorisé ce film » mais bel et bien « Ah ouais ils ont tourné en noir et blanc ».

Lorsque j’ai vu pour la première fois C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux réalisé en 1992, la première chose qui m’a frappé c’est le fait que ce soit tourné en noir et blanc. La raison officielle est que la pellicule coûtait moins cher à l’époque où cela a été tourné.

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True story me direz-vous. Mais quand on y réfléchit de plus près, et ce, même sans qu’il le veuille, le noir et blanc, mêlé à une caméra épaule bancale-tremblante-documentaire, donne à ce film un aspect beaucoup plus noir, glauque et cynique. Le noir et le blanc correspondent aux deux personnalités de ce tueur tout à fait sympathique en apparence campé par Benoit Poelvoorde. Trop rapide dans mes déductions ? Logique répondrai-je.

La couleur aurait apporté une clarté qui aurait donné à ce film un semblant d’esthétisme qu’il ne « méritait » peut-être pas. Ben est un affreux personnage qui mérite ce noir et ce blanc. Cet esthétisme sert la narration et, dans sa contrainte de production, C’est arrivé près de chez vous a, à mon sens, su trouver son identité.

Nous avons tous en tête des images de films produits après la guerre. Ruines, pays en reconstructions, déchirements, gloires aux soldats, Allemagne année zéro, Le Criminel ou encore Les Bourreaux meurent aussi sont autant de films qui mettent en scène ces évènements marquants du milieu du 20ème siècle.

Comme beaucoup, j’ai eu l’occasion de voir Au-revoir là haut d’Albert Dupontel et je ne peux m’empêcher de faire un lien avec ces films. Non pas parce que tous traitent du trauma de la guerre, de ses conséquences et de son absurdité, mais bel et bien parce qu’ils se complètent. Les uns campent une réalité brute de décoffrage quand l’autre la met en lumière par une direction artistique que lui permet son époque.

En effet, fin des années 40, début 50, la question ne se pose pas, c’est pellicule noir et blanc, son mono et roulez jeunesse.

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En voyant le film de Dupontel, j’ai eu l’impression de mettre des sens sur l’horreur. Il n’est certes pas le premier à en parler en couleur mais le lyrisme, apporté par les décors et les costumes (plus particulièrement les masques), fait que ce film donne une dimension autre à la guerre et aux films du genre. Le film n’est pas plat, les corps ressortent. La couleur et l’étalonnage du film n’y est évidemment pas pour rien. Si l’on essaie de placer ce film dans l’époque de Fritz Lang, cela ne marcherait pas puisque Dupontel avait besoin des technologies pour exprimer la poésie du livre de Pierre Lemaitre. Il n’y a qu’à également voir certains de ses mouvements de caméras et ses effets spéciaux monstrueux qui mettent en valeur des personnages qui arrivent à se détacher et nous émouvoir, par le simple fait de bouger et d’habiter une certaine idée de son cinéma.

Peut-être que dans 30 ans, le cinéma que nous connaissons aujourd’hui sera désuet, tout ne sera que hologramme et autre invention qui paraîtra fantasque mais que tout le monde adoptera en un claquement de doigt. Les techniques évoluent, les réalisateurs font en fonction de leur époque, de leurs moyens et de leurs envies. Le résultat d’un film n’est que l’addition complexe de ces trois paramètres.

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