Thèmes

« Honey look at all these colors ! The sky, it’s blue ! » – C’est un peu ça. Tu le saurais, chère Blake Lively si tu n’avais pas été aveugle au début du pitch de All I see is you. Quoi qu’il vaudrait mieux pour ton expérience personnelle ne pas te pointer en Belgique les mois de Janvier, apparemment, si tu veux que le ciel soit bleu.

Bon au moins, on tombe direct dedans : ce mois-ci et après une année 2017 que j’ai trouvée si terne, j’ai décidé de reprendre goût aux bons films. Si ce n’est pas encore gagné à ce niveau là, j’ai au moins pu dévorer quelques œuvres. Alors, oui, j’ai cherché à me servir de ce que j’avais tout récemment vu de manière à ce qu’au final, ce que je pensais n’être qu’un gloulbi-boulga de pensées indépendantes soit cohérent. Mais à coup de pintes du dimanche, de conversations de fin de soirée et d’inflammades sur les sorties à venir, je me suis surpris moi-même à me poser cette question : pourquoi les films aujourd’hui semblent tous avoir une chromatographie si linéaire, contrastée uniquement de bleu et de teintes rouges/orangées ?

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LE TRAVAIL D’ÉTALONNAGE

Alors, pour que le propos d’une histoire soit cohérent avec sa photographie, il faut se rappeler que le travail d’étalonnage est absolument nécessaire à chaque film pour unifier les séquences. La magie du cinéma et les tableaux qu’on nous vend comme plans contemplatifs. Si je devais vulgariser, disons que le mec en post-prod à qui on donne un étalonnage à faire en deux semaines, c’est comme un peintre italien avec sa palette devant un ravalement de façade d’une nana qui aurait pour habitude de travailler en maçonnerie. Tu vois, le genre pot de peinture sur laquelle il faut, je cite « unifier le teint » ? Magnifaïque ma chérie.

Avant, la pellicule rendait la tâche difficile et le panel de couleur dépendait des conditions de tournage, de la lumière et même de la qualité de la bande. Le numérique a grandement facilité le travail. Mais du coup, si les choses sont si simples, pourquoi du orange et du bleu ? Déjà, on a les couleurs du ciel et du soleil. Oui, parce qu’avouons qu’on ne va pas tous voir des films belges pour le fun, les blockbusters notamment jouent sur des couleurs « positives ». Et puis, la peau est dans le spectre du orange comme le montre cette étude grâce à laquelle on apprend pas mal de choses (tu peux aussi lire la version courte et française ici).

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CODE COULEUR

Que ce soit la peau, la facilité ou autre et si tu n’as pas consulté les études que j’ai cité, il faut noter que le nuancier penche clairement vers ces deux couleurs pour tout ce qui touche à Hollywood. Ceci dit, on dégage une chromatographie plus spécifique lorsqu’on se penche sur le genre. Alors, certes, prendre Mad Max : Fury Road, ne nous avancera pas sur ce point mais force est de constater que la science-fiction à gros budget y participe activement (il n’y a qu’à jeter un œil aux affiches de Spider-Man 2, Jumper, G.I. Joe, le sus-nommé Mad Max : Fury Road, Avengers, District 9, Logan, Star Wars 7…).

Pour autant, pour parler de genre que je connais, il y a des codes, des couleurs qui sont inhérentes à la conception même du film. Par exemple, jamais un film d’horreur ne peut être exempté de rouge et de gris. Un film apocalyptique sera bien souvent gris, tirant sur le vert et toujours dans des tons sombres, poussiéreux. S’il s’agissait de faire des généralités, il y a tout de même de grosses différences entre chaque œuvre au sein d’un même genre (le vert dans Matrix, le jaune de Dark Water ou encore le nuancier intégral des films d’animations).

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EFFET DE MODE

Tout ce que je viens d’énoncer jusqu’à ce point était pour moi d’une banalité absolue encore aujourd’hui. Pourtant, en relisant ce qui se dit sur les couleurs dominantes, les thèmes et les généralités qui peuvent en découler, j’ai eu le sentiment que quelque chose ne collait pas avec mes derniers visionnages. Si le Giallo italien, chantre de l’hémoglobine fluo aux teintes sépias jaunâtres était d’une excellente facture, en faire une généralité serait se méprendre. Aussi, alors que je regardais avec attention le dernier poème de Guillermo Del Toro (Shape of Water, la forme de l’eau) , je me surpris encore à contempler ce vert décliner à mesure de l’intrigue et de ce que l’on dit des hommes et de la nature. Pourtant, dans Mimic de ce même Del Toro, le vert, le gris et le bleu, caractéristiques de son œuvre, m’avaient déjà agréablement surpris dans ce registre humide/sale/monstre. Et puis, je me suis retrouvé devant 3 Billboards : les panneaux de la vengeance. Ici, je n’ai su dégager un axe de contraste, deux couleurs se mariant d’une opposée symbiose. Je parlerai tout de même du rouge et ses déclinaisons et, encore une fois, de bleu. Mais la palette est telle que toutes les séquences sont dissociables : les plans de nuit ne correspondent en aucun cas aux plans de jour, en intérieur. Enfin, et c’est sans doute celui qui m’a le plus interloqué, le dernier film d’Alex Garland dont Netflix détient les droits de diffusion hors Etats-Unis : Annihilation (à répéter d’une voix grave à la manière d’une publicité pour « revigorants » masculins). Ce qui était sensé être une petite merveille de couleurs et tableaux exotiques s’avère être un pétard mouillé un peu fouillis dont la HD souligne les défauts lovecraftien : trop c’est trop. Pourtant, un vert émeraude et un violet mystérieux régissent une bonne partie du film. C’est en tout cas ce qui m’a le plus marqué.

En y regardant de plus près, je me suis aperçu que, si les grosses productions ont un quota « feel good » et bonnes vannes à apporter, le tableau doit s’inscrire dans une forme de légèreté,  ce genre de film pendant lequel on déconnecte le cerveau.

Oui mais voilà, les derniers films que j’ai vu sont à l’opposé du nuancier. Aujourd’hui, le vert pour la conscience écologique, le violet pour ce qu’il peut devenir de sale, le rouge pour la passion, le blanc, aussi, pour ce qui est de droit plus que de pur, le gris annonce une fin, une galère…  Au final, si j’ai pu entrevoir une forme de changement dans l’utilisation de la couleur, je me rends surtout compte qu’il suffit de sortir du carcan pré-établi d’une post-prod chronométrée et retourner du côté de ce bon Wes Anderson et s’émouvoir de l’arc-en-ciel sans qu’il ne fasse étalage d’une simple technicité ahurissante. Et puis, les couleurs au cinéma, c’est un peu comme la mode, non ? – Si on peut éviter de revenir au début des années 2000, par contre… Parce que les Nike TN, casquette Lacoste et jogging Sergio Tacchini, c’était VRAIMENT trop.

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