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LE FLASHBACK, BOULEVERSEMENTS NARRATIFS

Puisque le souvenir est à l’honneur ce mois-ci, il parait difficile de passer à côté de l’un des principaux procédés narratifs du cinéma.

Car le flashback fait en effet parti de ces codes cinématographiques si bien intégrés par les spectateurs en cent ans de cinéma, qu’il parait faire partie du récit de manière naturelle, presque évidente. C’est pourtant une rupture narrative d’une grande force, qui à coup de fondus enchainés et d’images surexposées, rappelle aux protagonistes des traumatismes passés, délivre des secrets enfouis et des éléments clés de l’intrigue.
Evocations matérialisées, les flashbacks ont cette palpabilité que n’ont pas nos propres souvenirs, cette exactitude qui dépasse la mémoire humaine et qui n’est au final, propre qu’au cinéma.

Petit retour, donc, sur quelques grands films de l’histoire qui ont utilisé brillamment le flashback, souvent de manière unique, toujours de manière sensible, pour marquer les esprits.

Citizen Kane, Orson Welles (1941)

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Difficile aujourd’hui encore d’établir un quelconque classement sans citer le titanesque film d’Orson Welles. Cela serait presque aussi complexe que de faire ici une critique en quelques lignes d’une des oeuvres les plus commentées de l’histoire du cinéma. Jeux d’ombres et de lumières, plongées et contre-plongées renversantes, un noir et blanc saisissant, Citizen Kane est aussi brillant esthétiquement que narrativement et étant l’un des premiers films à utiliser la dispositif du flashback, l’oeuvre se veut presque ambassadrice du genre.

La Main du Diable, Maurice Tourneur (1942)

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Un homme entre dans un bar, un paquet à la main, il raconte son histoire : il a vendu son âme au diable contre une main censée lui apporter gloire et fortune. Dans ce film fantastique français réalisé par le père de Jacques Tourneur (La Féline), les flashbacks se succèdent, de personnage en personnage, nous menant jusqu’au dénouement de manière inattendue. Un retour vers le passé qui nous propulse tout droit vers la fin chronologique de l’oeuvre. Mêlant comédie, un esthétisme proche de l’expressionnisme allemand et un ton cynique sur un fond de tragédie inéluctable, La Main du diable est une oeuvre unique qui échappe aux barrières du genre.

Le Jour se Lève, Marcel Carné (1939)

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Coincé dans son appartement, entouré de policiers, un homme se remémore une histoire d’amour. Ici, les souvenirs font office de déclencheurs, amenés par une ritournelle de boite à musique, ils livrent le héros aux affres du passé, le coinçant dans une folie enragée qui le mènera à sa perte. Si le film ne contient que trois flashbacks en tout et pour tout, leur importance est telle qu’ils ne peuvent pas être négligés, puisqu’ils régissent à eux seuls les actes présents du protagoniste.

Eternal Sunshine of the Spotless mind (2004) Michel Gondry 

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Peut-on vraiment qualifier de « flashbacks » les images du passé montrées dans un film entièrement dédié aux souvenirs et à la douleur qui les accompagne parfois ?
Eternal Sunshine of the Spotless Mind raconte comment deux anciens amants tentent tour à tour d’échapper à leur passé. Ici, le flashback est douloureux, mais plus important encore, il se matérialise dans le diégèse de l’œuvre. Devenant un lieux dans le récit, où l’on peut se balader, courir, s’embrasser. Un souvenir que l’on peut visiter, revoir à volonté, comme on revoit sa tragédie préférée.

Velvet Goldmine (1999) Todd Haynes

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Sorti juste avant l’an 2000, ce surprenamment méconnu film de Todd Haynes affiche un casting pourtant célèbre. Ewan McGregor, Christian Bale et Jonathan Rhys Mayer y jouent des rock stars délurées sur un fond de génération désenchantée. Reprenant ouvertement les mêmes mécanismes narratifs que Citizen Kane, le film raconte la vie d’un musicien assassiné sur scène au sommet de sa gloire. Il pose, comme le film de Welles, la question de la pérennité de l’identité après la mort. Le journaliste qui enquête sur la mort de la vedette peut-il vraiment prétendre connaître le sujet de son investigation ? Le flashback est il un substitut du présent ? La valeur de passé des événements est-elle annulée par leur mise en image ?

Tant d’interrogation que le flashback soulève, défiant les codes de la temporalité au cinéma et remettant en question la linéarité des intrigues. Aujourd’hui il fait partie intégrante de la tradition narrative du 7ème art, omniprésent, presque invisible. Comme une habitude qui nous rappelle que l’on ne peut échapper aux images de son passé.

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