Rédacteur - Nicolas Bussereau

Samedi dernier, j’ai pu découvrir le nouvel opus de la saga James Bond en compagnie de l’un de mes amis. Or ce n’est pas cet ami avide de découvrir le nouveau blockbuster hollywoodien, non c’est plutôt l’ami (que je croyais) plutôt fermé à ce genre de film.
D’instinct pudique en ce qui concerne ma vie privée, nous le nommerons ici Daniel. Daniel donc, m’a déjà surpris en me proposant lui-même de m’accompagner pour voir l’oeuvre de Sam Mendes. On devait se rejoindre devant le cinéma, j’étais quelque peu en retard et, n’y croyant qu’à peine, il ne m’aurait pas étonné de ne pas le voir au rendez-vous. Or il était bien là, m’attendant sagement, assez impatient de prendre place. Nous entrâmes donc dans la salle obscure, bondée d’un public ne pouvant attendre les nouvelles aventures du bien connu agent secret.

Ainsi, après vingt minutes de publicités et autres bandes-annonces, le film commença.

Un très bon film, nous en mettant plein la vue à tous les niveaux, et ce dès le plan-séquence liminaire, ahurissant en termes de rythme et de maîtrise technique.

J’avais auparavant entendu quelques avis mitigés à propos du film, des personnes déçues, se rappelant encore du brillant Skyfall. Cependant, pensant à ces critiques alors que le film avançait, une question, destinée à ces détracteurs anonymes, me vint. Que venez-vous voir ? Un film d’art et d’essai ? Le dernier Sam Mendes (American Beauty, Road to Perdition) ? Ou bien un James Bond ?

Il est vrai que les trois derniers épisodes de la saga nous avaient habitués à ce traitement singulier du héros, un homme hanté par de vieux démons, en proie au doute. Un James plus sérieux, plus sombre, plus « psychologisé. » Et il est encore vrai que Spectre, sans être incohérent vis-à-vis de l’ère Daniel Craig, déroge quelque peu à la règle instaurée depuis quelques années maintenant. On peut le remarquer via l’humour, certes un peu lourd parfois, mais propre à l’image de l’agent depuis plusieurs décennies. Mais aussi par le côté « gadget » remis au goût du jour, ou encore le « too much » assumé et sans complexe, revenant au devant de la scène.

Spectre UNE Critique : Spectre, James Bond ou lagent infiltré dun cinéma polymorphe

Bref, je me suis rendu au cinéma, m’attendant à voir un James Bond, et j’ai pu y découvrir un très grand James Bond, avec peut-être un manque de personnalité si on le compare au précédent, mais il s’agit tout de même à mes yeux d’un divertissement haut de gamme, dont la mise en scène, l’image, le son et le montage frôlent de peu la perfection. Cette maîtrise technique, mélangée à un univers très codifié, montre bien à quel point divertissement et « qualité cinématographique » peuvent cohabiter au sein d’une même production.

Après un Mad Max époustouflant, 2015 nous gâte dans ce domaine. Car comme le film de George Miller, celui de Mendes mêle habilement scènes d’actions grandioses, scénario bien écrit, mis à part quelques faiblesses que l’on peut aisément excuser, et enfin un sous-texte politico-social subtil et en phase avec le contexte actuel.
À la sortie de la séance donc, j’ai pu discuter brièvement de l’expérience tout juste vécue, avec mon ami peu habitué à voir ce genre de films. Et, à ma grande surprise une nouvelle fois, il démontra un enthousiasme égal au mien, ayant pris un grand plaisir cathartique devant ce blockbuster intelligent.

Daniel me fit part d’un certain regret, celui de se fermer un peu trop à ce type d’oeuvre. Je reprendrais donc ces mots, d’une justesse incomparable, considérant que ce James Bond fait partie d’un « autre cinéma ». Par ces mots, il vint me confirmer ce que je pensais déjà depuis fort longtemps, le cinéma n’existe pas. Non, il en existe plusieurs, je me bats et me battrais pour cette idée que le septième art est un art polymorphe en constante évolution. Une évolution causée par l’époque, le contexte, les attentes, les budgets, et j’en passe.

SPECTRE 2 Critique : Spectre, James Bond ou lagent infiltré dun cinéma polymorphe

Allez donc voir ce Spectre qui relève le niveau de la plupart des blockbusters estivaux, pour qui l’intelligence et le savoir-faire ne sont pas des priorités. Libérez-vous du « c’est-trop-commercial » qui vous hante et laissez-vous aller pour cette production qui mérite son succès, pour nous offrir, à l’occasion, un divertissement dont on ressort avec fierté pour s’être laissé porté.
Merci à toi Daniel, de m’avoir prouvé que les hommes, comme le cinéma, évoluent.