Rédacteur - Alexandre Ean

Impossible de ne pas avoir d’attentes quant au nouveau Disney-Pixar, après le brillant Vice-Versa de juin dernier. Avec Le voyage d’Arlo, ce ne sont plus les aventures de la pétillante Joie et de la touchante Tristesse que nous suivons, mais celle d’un petit dinosaure vert aux grands yeux, Arlo, fragile et craintif, survivant fictif d’une Terre ayant échappé à la météorite responsable de l’extinction des dinosaures.

S’appliquant chaque année à labourer, semer, arroser leurs champs de maïs pour pouvoir passer l’hiver et à nourrir leurs volailles (au passage : quelle est donc leur usage quand ces dinosaures sont des diplodocus, donc herbivores ?), Arlo ne se retrouve pas dans son milieu. Chez lui, le mérite s’obtient en ayant rendu un service à la communauté, symbolisé par une empreinte apposée sur une pierre de leur édifice destiné à protéger leurs réserves. Cependant Arlo échoue à tuer un petit homme consommant leur récolte à l’insu de sa famille, énième mission confiée par son père. Ce dernier l’amène alors à pourchasser la bête. Pris dans une tempête, Arlo le voit mourir, emporté par un raz-de-marée. Pris lui aussi par la vague, il se réveille blessé et loin de sa maison, en compagnie de celui qu’il ne tardera pas à renommer Spot, ce petit homme indirectement responsable de la mort de son paterfamilia. S’ensuit une épopée à travers la faune et la flore préhistoriques, pendant laquelle le petit dinosaure et Spot essaient de retrouver le chemin de la maison, rencontrant énergumènes et animaux féroces, initiant Arlo au courage, à l’amitié, à la vie.

Le voyage dArlo 1 Critique : Le voyage dArlo, la recyclerie Disney Pixar

On n’y retrouve ni le chaleureux Ohana de Lilo & Stitch, ni la vaillance de Tilt de Mille et une pattes, ni la terrible satire de Wall-E alors que la rencontre entre un dinosaure et un petit homme nous laissait supposer un grain d’engagement. Au lieu de ça, Spot est réduit à un chien : il se gratte avec sa jambe arrière, grogne et hurle pour retrouver sa meute alors que progressivement, Arlo le découvrant pourtant être son nouvel ami le réduit à un vulgaire animal de compagnie. Au contraire de Stitch à qui la notion de famille ne se limite pas à son espèce, Spot retrouve UNE famille et non pas SA famille, aussi car Arlo lui-même décide de s’en séparer, préférant lui -et se- briser le coeur que de créer une nouvelle communauté cosmopolite. A l’inverse du Monde de Némo, qui mettait en parallèle l’apprentissage tant du père, Marin, que de son fils, témoignant ainsi d’une formidable force de l’unité familiale, celle d’Arlo est totalement absente si bien qu’on se demande si la maladresse du fils leur ferait presque regretter son retour, de surcroît lorsque la seule récompense de son épopée est de confirmer sa virilité (sa mère le prend pour son défunt mari lorsqu’elle l’aperçoit après des jours de disparition, Arlo revient pour reprendre le business paternel) en apposant lui aussi son empreinte sur l’édifice familial.

Imminent frère de Némo, victime collatérale de Simba, maladroit au même titre que Tilt, candide à l’image de Bambi, Le voyage d’Arlo recycle les bons et mauvais procédés des anciens Disney-Pixar. A l’inverse de Pete Docter (Vice-Versa), Peter Sohn n’invente rien mais renouvelle tout, s’appuie sur les dispositifs convenus du rire et de l’émotion du film d’animation, encouragé par des décors numériques exceptionnels d’une vraisemblance parfois presque désagréable. Toujours ces petites créatures poilues rieuses et attendrissantes, cette définition de la famille attendue, ces méchants ptérodactyles au physique ingrat, ces tyrannosaures effrayants s’avérant être des alliés…

le voyage darlo 2 Critique : Le voyage dArlo, la recyclerie Disney Pixar

Mais Le voyage d’Arlo est l’exact opposé de la coquille vide : si le récit initiatique laisse découvrir un fil conducteur archaïque, il n’en est pas moins truffé de belles idées : entre la rencontre avec le tricératops chaman de la forêt, le voyage psychédélique d’Arlo et de Spot après avoir mangé des fruits avariés, sans oublier le caricatural et hilarant personnage du père tyrannosaure… On n’en finira jamais malgré tout de se laisser rire et attendrir, plongeant notre regard dans les grands yeux d’Arlo, symboliques et définitivement miroirs de la magnifique et poétique candeur infinie des personnages des studios Pixar.