Rédacteur - Alexandre Ean

Si Nic Pizzolatto (créateur de la série originale True Detective) peut se targuer d’avoir choisi comme directeur de la photographie Adam Arkapaw, ce dernier ne doit pas se sentir aussi gratifié d’avoir collaboré avec Justin Kurzel pour Macbeth, le dernier long-métrage du réalisateur.

Adaptée cette fois par Kurzel après Orson Welles et Roman Polanski, la pièce de Shakespeare conte la destinée tragique de Macbeth (Michael Fassbender). Chef de l’armée de son cousin roi d’Ecosse, Duncan, il se voit au détour d’une rencontre avec les soeurs Fatales (trois sorcières voyantes) recevoir le titre de nouveau roi. C’est dans la précipitation qu’il décide d’y accéder en entreprenant sous l’influence de sa femme, Lady Macbeth (Marion Cotillard), d’assassiner Duncan. Par ce meurtre, les deux amants se trouvent piégés : l’une par ses remords, l’autre par sa paranoïa, et leur course pour la protection de la couronne les mènera à leur perte.

Macbeth 1 Critique : Macbeth, tragédie de la superproduction

S’il est inutile de revenir sur le récit de la tragédie tant les scénaristes s’appliquent à scrupuleusement respecter la chronologie de l’oeuvre originale, le parti pris de mise en scène de Justin Kurzel ne relève autant pas d’un renouveau très ambitieux. Il  s’appuie sur son directeur de la photographie et sur son casting étoilé pour déployer un interminable spot publicitaire maniériste et horizontal. C’est la facilité de ce qu’il voudrait irréprochable qui marque les limites de sa réalisation : des acteurs renommés exhibés dans de longs plans larmoyants  (on n’en peut plus de voir les larmes de Marion Cotillard, à genoux, couler dans l’hystérie), une photographie sans profondeur qui donne l’impression d’une propagande superficielle pour une contrefaçon. La dimension picturale qu’il souhaite insuffler à chacune de ses images donne le même effet qu’un cadeau empoisonné bien emballé. Le réalisateur nous ennuie de ralentis et d’images numériques hyper-saturées, nous laissant à côté de la beauté de la langue et du poids de la tragédie.



On ne peut reprocher à Justin Kurzel d’avoir cherché la perfection d’un classicisme presque inhérent à l’entreprise de l’adaption d’une telle pièce, tant y déroger serait à la fois un affront au dramaturge et un risque de vulgarisation de son oeuvre. Seulement, on ne peut pour autant féliciter la facile grandiloquence de sa mise en scène quand justement elle abandonne ce qui fait l’ampleur de Macbeth. Qu’a t-il fait de l’impossibilité d’échapper à la destinée, vecteur primordial de la tragédie ? Et de la dualité électrique qui réside tant dans l’intériorité de ses personnages que dans leurs entretiens ?

MacBeth 2 Critique : Macbeth, tragédie de la superproduction

Le Macbeth de Justin Kurzel est attendu, petit, facile. C’est le résultat d’une mauvaise équation cruellement intrinsèque de la superproduction : décoratif par son casting et sa photographie, abandonnant son sujet pour une platitude esthétisante à vocation promotionnelle. Macbeth rejoint le mauvais gratin du Festival de Cannes, aux côtés de Tale of Tales et de Youth, seulement bons à inviter les habitués de Cannes, de Sorrentino à Cotillard.