Rédacteur - Lou Aubert

La lutte des femmes pour le droit de vote en Angleterre au début du 20e siècle est un sujet méconnu car peu cité en cours d’histoire, et rarement, ou discrètement illustré à l’écran. C’est le défi qu’a donc choisi de relever Sarah Gavron avec Les Suffragettes, afin de mettre en lumière le combat acharné de ces femmes, qui nous profite à toutes aujourd’hui.

Maud est une jeune femme qui travaille dur dans un blanchisserie depuis son plus jeune âge. Mariée et mère d’un petit garçon, elle est intriguée par le mouvement des Suffragettes mais n’ose s’en approcher de trop près par peur de perdre le peu qu’elle ait : son travail, son fils… C’est d’abord contre son gré qu’elle se trouve enrôlée par le mouvement violent et radicale des Suffragettes, jusqu’à ce qu’elle mesure l’ampleur de cette cause et qu’elle fasse le choix de se battre pour ses droits comme tant d’autres femmes, au péril de leurs vies.
Le choix du personnage principal, Maud, jeune mère blanchisseuse et sagement soumise à son mari, n’est pas anodin. Son histoire, touchante, suscite chez elle des émotions que partage le spectateur, qui s’identifie facilement à cette jeune femme simple, issue d’un milieu très populaire, emportée dans ce tourbillon révolutionnaire. Bien que sa vie personnelle puisse paraître futile au premier plan, touche larmoyante propre à tout bon blockbuster, il semble qu’elle soit pourtant assez fidèlement représentative de l’inégalité dont nombre de femmes militantes ont été victimes. « Je n’avais vraiment pas envie d’écrire le biopic d’une personnalité publique (…) j’ai alors décidé que l’approche la plus intéressante serait de découvrir le mouvement à travers les yeux d’une femme ordinaire anonyme, d’explorer comment l’injustice peut mener à la radicalisation et comment les gens peuvent être attirés par le fondamentalisme et tout sacrifier à un idéal » explique la scénariste Abi Morgan.

Suffragettes 1 Critique : Les Suffragettes, votes for women

Un film d’action pour des femmes d’exceptions. Combo rare mais puissant. On déplore trop souvent le peu de relief qu’ont les rôles féminins au cinéma. Ce film là au-moins leur donne raison ; les femmes sont fortes et battantes, les hommes sont ternes, ignorants, confinés dans une vision où l’égalité entre hommes et femmes n’existe pas. Mais comme le dit si bien le personnage de Maud dans le film, la société patriarcale ne peut perdurer, « nous sommes la moitié de la nation, vous ne pourrez pas nous faire taire ». Film d’action ensuite, comme le décrit Carey Mulligan, qui interprète Maud : « il ne s’agit pas d’un film uniquement politique dans lequel on assiste à des débats, c’est un véritable film d’action à l’image de ce qu’était ce mouvement militant. Les Suffragettes voulaient faire avancer leur cause et se faire entendre en étant plus bruyantes que leurs adversaires », en témoignent les scènes de vitrines saccagées, d’explosions des moyens de communications ou de lutte acharnée pour la grève de la faim dans les cellules de prison.

L’esthétique du film est à l’image des suffragettes qui utilisaient leurs couleurs comme outil de propagande : violet, blanc et vert. Une image relativement plus chaude pour les femmes que pour les hommes, où le bleu prédomine cependant ; pour la décoratrice Alice Normington à l’image des « couleurs des hématomes infligés à ces femmes opprimées ». Les lieux et décors sont organisés de façon à parler d’eux-mêmes : l’environnement oppressant et hostile de la blanchisserie ; le foyer sombre dominé par le mari ; les quartiers ouvriers de l’East End confrontés aux demeures du West End… « Nous voulions créer un univers réaliste, absolument pas stylisé. Je tenais à ce que le film soit viscéral et qu’il parle au public d’aujourd’hui, qu’il ait presque l’air moderne sur le plan esthétique, mais qu’il possède aussi bien tous les détails d’époque » explique Sarah Gavron. Les costumes, coiffures et maquillages d’époques témoignent également de ce désir d’authenticité.

Suffragettes 2 Critique : Les Suffragettes, votes for women
« Les Suffragettes est un film sur les femmes, des femmes qui veulent se faire entendre et sont prêtes à se battre pour cela. Mais il s’adresse à tous ceux – hommes et femmes – qui croient à la justice sociale. À l’égalité et au besoin de chaque être humain de se sentir valorisé » conclue Faye Ward, productrice de ce projet, qui ajoute qu’ « il était impératif pour nous que le film s’adresse à un large public et que son actualité l’empêche d’être reléguée aux oubliettes ». Film féministe poignant qui rime plus avec l’ hommage qu’à la retranscription historique, Les Suffragettes illustre de façon réaliste et symbolique la façon dont les femmes ont cessé de troquer leur servitude domestique par la servitude professionnelle, pour choisir de se battre pour une reconnaissance sociale où femmes et hommes seraient égaux en droits : « we don’t want to be lawbreakers, we want to be lawmakers ».