Rédacteur - Margaux Blondel

L’oeuvre récente d’Alain Cavalier incarne à elle seule un pan formidable du cinéma français. Celui des petits riens de la vie, de ceux qui nous saisissent et nous touchent, qui nous semblent à la fois bizarres et familiers. Ainsi accepte-t-on d’entrer une heure ou deux dans une certaine intimité : celle d’un couple (La rencontre), d’un deuil (Irène), ou encore d’un métier (Vies) et ce en dépit d’une image pas forcément léchée et d’une mise en scène spontanée, tant la verve de l’artiste nous interpelle. Le Caravage partait du même principe, mais à l’instar de son sujet, Cavalier a décidé d’être muet. Difficile dès lors de s’émouvoir du dressage éprouvant d’une bête convalescente.

On aurait aimé trouver dans Le Caravage un dithyrambe pour l’art du cirque ou au contraire un réquisitoire contre le spécisme. En tout cas, un point de vue qui se défend. Pas une once de cela n’est pourtant visible à l’écran tant Cavalier est obnubilé par l’animal. Car il n’y a pas de hors champ qui tienne ; on ne se soucie guère de l’écuyer Bartabas, qui en perd parfois sa tête à cause d’un cadrage permanent à hauteur d’animal, ni des conditions de vie du théâtre équestre ou encore de l’aboutissement d’heures de travail acharné. Pas de social, pas de contextuel, Le Caravage, étalon si imposant prend définitivement toute la place.

Bien que la bête soit belle, sa musculature impressionnante et son oeil plutôt expressif, la lassitude ne tarde pas à se montrer, et la faible qualité de l’image n’est pas étrangère à cela. Les soixante dix minutes s’éternisent, et l’on décroche peu à peu jusqu’à se laisser surprendre par le  baiser final : à la fois moment de grâce et preuve fragile de l’aboutissement d’une relation.

 Critique : Le Caravage, Cavalier silencieux

Si Le Caravage ne prend néanmoins jamais l’allure d’un banal documentaire animalier, c’est que malgré l’apparente distance du cinéaste, sa patte -si personnelle- ne s’efface jamais totalement. Elle commence par un sonore « bonjour » et se termine par des éclats de voix joyeux. Elle prend forme à travers de très gros plans sur des détails insignifiants, et existe dans la répétition des actions filmées. Toutes ces choses qui font de la vie qu’elle peut paraître simultanément banale et grandiose.

Alain Cavalier parle de son film comme d’une histoire d’amour. C’est sans doute une de celles qui ne s’expliquent pas, avec cet on ne sait quoi d’absolu mais pourtant d’ineffable. Cette fois, le charme n’a pas opéré. Dommage, on était prêt à cavaler à leurs côtés.