Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Quand Kheiron, humoriste, rappeur passe à la réalisation de son premier film, ça donne Nous trois ou rien. L’histoire d’une famille qui s’oppose à la dictature du Chah puis fuit celle de Khomeini. L’histoire d’un combat pour la liberté, pour des idées et surtout l’histoire vraie de la famille Tabib.

Dans ce film, Kheiron interprète le rôle de son père, Hibat et Leïla Bekhti joue Fereshteh sa mère. Quel plus bel hommage que de mettre en oeuvre ce projet fou qui est de retracer l’itinéraire d’une famille guidée par ses idées politiques et ses espoirs de renouveau.  Hibat ne lâche rien et l’homme qu’il est aujourd’hui est le reflet de sa résistance d’hier. Pour un premier film, le réalisateur a choisi un sujet plus que périlleux. Même s’il passe par l’histoire de ses propres parents, c’est la communauté iranienne toute entière qui est visée et le droit à l’erreur est impossible. Les enjeux sont trop graves pour se permettre de les trahir par un jeu d’acteur ridicule ou un casting foireux. Ici, du figurant aux rôles principaux, tout est soigné pour que les émotions et les angoisses restent intactes. On suit un couple dans ses aventures pour la liberté, on les encourage et on constate avec eux leurs échecs.

Un des angles d’attaque qu’a choisi Kheiron pour traiter son sujet est l’humour. Ok, le sujet est grave et encore douloureux pour bon nombre d’Iraniens et de réfugiés politiques Iraniens habitant aujourd’hui la France. Mais cet humour fait parti du recul qu’il faut avoir sur les évènements et que le réalisateur met en place. Ça s’est passé il y a 35 ans et le fait de rire de certaines petites anecdotes ou du moins d’en faire un élément susceptible de faire rire le spectateur fait clairement partie de la revanche de ce peuple qui a souffert. « On est toujours debout » scandent-ils. Ils sont là grâce à ce témoignage d’humanité et de force que nous offre non seulement Kheiron mais également tout le décor et tous les éléments présents dans ce film qui font de Nous trois ou rien une oeuvre d’Histoire.

Nous trois ou rien 11 Critique : Nous trois ou rien, histoires de familles

Ce qui rend la chose encore plus admirable, c’est le double combat que mène Hibat. Il combat la dictature qui a la main mise sur tout l’Iran mais il combat aussi les inégalités d’un quartier défavorisé de Pierrefitte, une ville du pays qui l’accueille.  « Si j’ai survécu à 7 ans d’emprisonnement et de torture , vous pouvez survivre au chômage, aux inégalités et à l’exclusion sociale. Montrez que vous existez ». C’est ainsi que pourrait se résumer la vie d’Hibat en France, la ténacité dont il fait preuve et qu’il met au service des autres. Il ne garde pas sa combativité pour lui mais la distribue. Il devient un acteur social alors qu’il était, des années auparavant au coeur de cette question sociale. On lui a fait le cadeau de lui donner l’asile politique, aider ces jeunes est sa participation à une France meilleure et plus belle.

L’idée peut paraître cliché ou utopiste quand on l’annonce ainsi mais au vu de l’histoire de la famille Tabib, c’est clairement ce qui se passe. Nous trois ou rien s’impose comme un film optimiste et sans mensonge. Plus qu’une biographie, une incitation à continuer une lutte.