Rédacteur - Lou Aubert

Ce court métrage de Fabienne Facco illustre le choix symbolique d’émancipation de l’autorité parentale et religieuse d’une jeune fille musulmane, seule façon pour elle de se faire entendre dans un monde où bien trop souvent, la femme se tait et obéit.

Anissa, une adolescente de 16 ans est emmenée par ses parents au Maroc, pour y rencontrer son futur mari. Lors d’un arrêt sur une station d’autoroute, elle fugue. S’ensuit un long périple dans les forêts et montagnes du sud, en quête d’un endroit où dormir, mais aussi en quête de son identité.

D’une grande sensibilité, ce film montre bien le déchirement dont il est ici question : une jeune fille qui n’a pas le même passé que ses parents, encore très attachée aux traditions marocaines, mais qui a, elle, grandit en France, dans une petite cité où elle a ses repères et ses souvenirs, qu’il s’agisse du square dans lequel elle jouait petite ou de l’ordre d’alignement des viennoiseries de la boulangerie. Elle y a également ses amis… Elle se trouve donc partagée entre deux cultures : celle de ses origines et celle de son pays natal. Pour Fabienne Facco, « la fugue d’Anissa est un voyage initiatique vers l’âge adulte ». Cette fuite est d’autant plus difficile pour Anissa qu’elle n’est encore qu’une enfant, qui a besoin de la présence de ses parents. Élevée dans une famille qui n’eut de cesse de la mettre en garde contre le monde extérieur, Anissa a du mal à s’ouvrir à ce monde qui lui est inconnu, mais sa fuite ne lui laisse pas d’autre choix que de faire confiance aux gens qu’elle rencontre, ce qui lui permettra de découvrir que tout n’est pas si noir et dangereux : « le monde n’est pas si hostile ».

Cette fugue symbolise aussi sa déception face à tant d’injustice. En effet, Anissa s’oppose à l’idée préconçue qu’ont ses parents du mariage, où l’amour n’a pas sa place ; « en voulant la marier, ses parents cassent le mythe du prince charmant. Anissa rêve d’amour». Anissa a elle aussi une image préconçue de l’amour, et de l’homme idéal, et ne conçoit pas de relation sans sentiments, ce qu’elle fait remarquer à son amie Julie en lui reprochant de coucher avec un garçon qu’elle n’aime pas. Anissa, elle, se cherche en tant que femme, sans interdictions ou impératifs, mais libre. En assumant ses désirs et ses pulsions, elle s’émancipe de l’autorité parentale qu’elle a toujours connu, ainsi que des traditions de son pays d’origine que l’on tente de lui imposer. En quelque sorte, elle choisit son camp. Elle devient femme, mieux : femme indépendante, ce qui marque une rupture avec ses parents qui ne le lui pardonnent visiblement pas.

Anissa 2002 UNE Critique : Anissa 2002, ode à la liberté

Le franchissement de pas qu’est sa première expérience sexuelle restera à jamais marqué en elle, mais elle souhaite également l’extérioriser et le grave emblématiquement dans la pierre : « Anissa 2002 », ou le moment du changement, la naissance d’une femme. Les lieux de ce film ont également leur sens ; les chemins qu’elle emprunte, perdue, finiront par l’aider à se trouver. De même, un paysage naturel pour faire sa « première fois » permet à Anissa, confrontée à l’immensité du paysage, de se sentir libre. Le montage alterné du couple et d’éléments de la nature montre l’effet qu’a la nature sur elle : « elle fait partie intégrante du paysage, elle peut se perdre ».

Natacha Krief, étincelante, incarne ce rôle à merveille grâce à une interprétation fine et naturelle.

D’une remarquable justesse de ton, Anissa 2002 est un film qui, sans prétention morale, chante une véritable ode à la liberté.