Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Quand la France de 2020 va mal, le président Jean-Yves Gambier dit « Bird » peut-il la sauver ? Lui ? Non. Ses idées ? Non plus. Enfin, ça reste à voir et surtout à montrer. Plus que les preuves d’un renouveau pour le pays, c’est surtout l’articulation entre pouvoir et possesseur(s) de pouvoir(s) qu’il va être intéressant d’étudier à l’image.

Philippe Katerine incarne dans Gaz de France de Benoît Forgeard  un président farfelu, immature, déviant, arrivant au pouvoir par on ne sait quel miracle et qui connaît une forte baisse de popularité. Le peuple, les médias, tout le monde le boude et veut qu’il s’envole ! (Bird-s’envole, jeu de mot). C’est là qu’intervient son conseiller en communication Michel Battement (d’aile) qui, pour remplumer son président a une idée : convoquer des gens du peuple dans les sous-sols de l’Elysée et trouver ensemble, un projet que le président pourrait annoncer en direct, à la télévision, aux Français.

C’est à partir du moment où tout ce petit monde se retrouve dans les sous-sols que les choses dégénèrent et que la réalité économique, politique et sociale dans laquelle nous étions plongés s’envole. Un scientifique, une fillette de dix ans,  un mec en costard de Saint-Dizier, des conseillères en communication et même…un robot se retrouvent à bavasser et à se creuser les méninges pour trouver un plan de relance.

Non, non, il n’y a pas de « On n’a qu’à créer des emplois » puis générique de fin, tout le monde quitte la salle qui tienne Oh ! Y a une heure et demie de film à tenir, faut pas déconner. Outre le côté surréaliste de la situation, il est très intéressant de constater les faiblesses de la France de Forgeard et de son président. Ce n’est pas lui, ce Bird qui tient les manettes, il n’est pas le personnage principal du film, c’est le peuple qui est au pouvoir, qui tient les commandes, qui démarre des robots et qui mange du jambon ! Si si, ils mangent du jambon, c’est comme ça…

gaz de france lenfer du decor 1 [Cinéma]   Critique : Gaz de France, lenfer du décor

Tout se déroule derrière le chef de l’Etat, on lui prépare un plan qu’il devra exécuter. C’est la démocratie dans toute sa splendeur, exploitée dans les moindres recoins comprenant  discorde et désillusion, faut pas se le cacher… Je parlais plus haut d’un robot. Ce robot, que tout le monde pensait être un type discret  (amené par le scientifique) est la métaphore du pouvoir pris par la force et de toutes ces technologies qui nous dépassent. Cependant, le réalisateur garde une certaine lucidité sur son sujet  puisque ce dit robot en survet’ et moustache ressemblant à  M.Toutlemonde un dimanche de novembre, se fait rapidement clouer le bec.

L’idée à retenir est la panique. Panique face à la situation qui vire au cauchemar (toujours avec humour), panique face à ce président de la République qui ne sait rien faire sans son conseiller, panique de cette portion du peuple qui se retrouve littéralement coupé du monde sans avenir devant soi, sans aucun espoir.

Benoît Forgeard mêle au discours politico-dramatique de l’humour qui vient alléger les tensions présentes. Il a un certain recul face à la catastrophe mais par sa manière de filmer et les dialogues, est conscient que l’équilibre d’un pays tout entier tient à peu de choses. Gaz de France est un film quasi tourné en huis clos où l’on est au plus près de nos voisins de paliers et qui nous met face à nos angoisses. Ce qu’on pourrait reprocher à ce long-métrage c’est peut-être la lenteur de certains plans (bien que le film ne soit pas très long) et le trop plein d’absurde de certaines scènes où l’on aurait aimé être remis dans une situation en prise avec le fond du sujet. Ça sort le 13 janvier prochain.