Rédacteur - Charlie Briand

Tout le monde le connaît depuis le remarqué et remarquable Canine en 2009, récompensé du prix Un Certain Regard à Cannes. Deux ans plus tard, Alps confirmait l’étoffe du réalisateur grec, qui s’affirmait alors dans un style à part entière. Dès son apparition en festival, The Lobster, dernière œuvre du métronome Lanthimos, a troublé le public, de façon presque attendue …

Qu’est ce qui fait que The Lobster est un film qui en surclasse tant d’autres et qu’on en garde nécessairement une trace ? La réponse tient en trois mots : son élégance, sa singularité et sa totalité.

Comme les œuvres qui le précèdent, celle-ci s’impose rapidement par sa beauté et une forme de pureté qui émerge des teintes de chaque plan. Aucune faute de goût à l’image, un régal visuel permanent sans pour autant tomber dans l’effet de mode, voilà une splendeur qui s’annonce comme un marqueur du curieux homard qu’on s’apprête à recevoir sur un plateau d’argent. On prend le temps de s’immiscer dans les décors irlandais copieusement sublimés par les créateurs et les acteurs du film, ces derniers étant indissociables du chef d’œuvre qui nous est donné à voir. Si Yorgos Lanthimos n’avait pas pour habitude de tourner avec des comédiens d’une telle renommée, nous n’avons désormais aucun doute quant à sa réussite dans l’exercice en question. Impossible de trouver la moindre lacune au jeu d’une Léa Seydoux dont on ne se lassera pas encore, ni de Colin Farrell, aussi méconnaissable qu’étonnant de justesse, et encore moins concernant Ariane Labed, un diamant brut dont le regard et la simplissime beauté n’ont pour seuls défauts que de se faire trop désirer au fil des nombreux plans qu’ils n’occupent pas.

the lobster la beaute au service du genie 1 Critique : The Lobster, la beauté au service du génie
La grâce de ce film réside aussi dans sa rareté. Si on plonge dans cet univers avec tant de plaisir et d’aisance, c’est parce que l’étrangeté qui l’habite rime avec une étonnante familiarité. Rappelons que The Lobster n’est pas uniquement un film qui s’admire, il s’agit aussi d’une histoire, celle d’un monde dans lequel tout célibataire de plus de 45 ans se voit dans l’obligation de constituer un couple sous peine d’être transformé en animal, et pourquoi pas en homard … Entre absurde et surréalisme, une dimension contemporaine jaillit étonnement de ce pitch. Contemporain, mais surtout intemporel, tel est la force majeure du récit co-écrit par le réalisateur et son compère Efthymis Filippou. L’œuvre s’apparente à un conte, non-seulement dans sa fluidité rythmique, mais aussi dans sa composition. C’est là l’immense coup de maître que représente The Lobster, une parfaite harmonie des genres, sans que le fantastique n’absorbe le dramatique, ou que l’humour n’entache l’amour.

Quelle chance alors de faire face un film qui passionne et de pouvoir jouir de tant de bon goût et de maîtrise en tout point.
Quelle chance d’être fasciné par un art dans lequel exerce des personnes aussi talentueuses.
Quelle chance de pouvoir redevenir un enfant par l’admiration et le modèle que certains suscitent.
Arrêtez de dire que c’était mieux à l’époque de la Nouvelle Vague et qu’on ne crée plus rien au cinéma. Même s’ils se compteront toujours sur les doigts d’une main, il y aura toujours des artistes capables de combler nos sens et nous faire quitter le réel pour mieux le réintégrer. Yorgos Lanthimos est de ces artistes, profitons-en.