Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Réalisé par Gilles Legrand, L’Odeur de la mandarine nous replonge en 1918, dans une époque où la guerre est sur le point de se terminer, laissant derrière elle des âmes meurtries. Ce film raconte l’histoire de ces âmes. Il n’est pas plus un film historique qu’un film faisant le bilan de ces hommes et ces femmes apprenant à revivre.

Nos deux héros, Charles et Angèle sont les représentants de cette génération handicapée. Elle est veuve, il est amputé d’une jambe, tous deux à la recherche de la chaleur humaine et d’un renouveau. Angèle arrive alors dans la demeure picarde de l’homme et se fait rapidement  engager comme infirmière par ce gradé condamné. Les deux personnages vont vite se rendre compte de l’intérêt qu’a la compagnie de l’un sur l’autre. S’ils sont issus de milieux sociaux tout à fait différents, le besoin de réconfort lui, se fait voir comme universel. L’Odeur de la mandarine déploie la palette et les formes que peut prendre la survie humaine. Il s’agira pour Olivier Gourmet et Georgia Scalliet d’incarner le mal-être et le malaise. Ils sont sans cesse et ce jusqu’à la scène finale dans une recherche. Tout d’abord la recherche d’amour, de confort et d’appropriation au sens littéral du terme puis au fil des minutes dans le défi humain. 

L’amitié homme-femme existe t-elle ? C’est aussi une des questions de Legrand qui est clairement posée par les personnages. Cette question est intemporelle tout comme l’est ce film. La guerre n’est ici qu’un prétexte pour creuser plus profondément le fossé qui sépare les coeurs de nos héros. Très vite complices, l’attirance qu’ils ont l’un envers l’autre va devenir un frein à leur évolution et leur bien-être. S’ils croyaient avoir retrouvé foi en la vie, ce film explose les clichés sur le coup de foudre. Vivant chacun avec leurs fantômes respectifs, le spectateur est en proie à un certain attachement envers ces spectres et respectera jusqu’au bout le désir de Charles et Angèle, qui, à leur manière tentent de se reconstruire en se prouvant tout du long, que oui, ils peuvent plaire, baiser et s’aimer.

cinema critique lodeur de la mandarine plus dur sera lamour 1 Critique : LOdeur de la mandarine, plus dur sera lamour

Parlons en de la baise (et non pas de  » faire l’amour »). Car elle fait partie intégrante du film. Le sexe est un défouloir au même titre que ces balades à cheval qui nous sont montrées de manière si dramatico-romantiques à de multiples reprises.  Notre héros amputé se voit refuser les avances qu’il fait à sa nouvelle épouse et se venge en se tapant des prostituées sous son nez. Elle n’a pas respecté le marché de se donner à lui tous les mardis comme prévu dans leur contrat de mariage (c’est beau un couple qui s’aime), alors il se venge en y mettant le prix.

Jouant sur une condition désespérée, le réalisateur met les spectateurs face aux pires démons humains, à savoir le plaisir, l’angoisse et la peur d’être abandonné. L’Odeur de la mandarine agit comme un remède à ses souffrances et nous montre que oui, tout est possible dans le pire, l’amour persiste et peut exister. Sans vous dévoiler la fin, mettons le doigt sur un aspect primordial de ce film : se retrouver. Se retrouver soi-même, retrouver l’autre et surtout retrouver l’Homme dans ce qu’il a de plus beau à nous offrir.