Rédacteur - Margaux Blondel

Tout est question de place, la place qui nous est donnée, la place que l’on accepte.

Dans cette famille aisée de Sao Paulo, il y a la mère, figure de la réussite. Froide et hautaine, elle se sait importante, elle prend de la place.

Le père autrefois a peint, avec succès. Il ne peint plus. Il traîne à la maison, prend son traitement. Il ne sait pas où est sa place, ne cherche même plus, veut juste dormir.

Entre deux plongeons dans la jolie piscine familiale et quelques joints pour faire passer, Fabhino, le fils unique, un peu délaissé, déplore sa virginité. 

Val, l’employée de maison, est là depuis toujours, servant ce petit monde avec énergie, bonne humeur et dévouement. Elle a sacrifié sa vie, sa famille, pour ceux-là. Son rôle c’est d’être à côté, à la marge, indispensable mais invisible. A elle, la vie matérielle : la cuisine, son frigo, le linge… Son pouvoir est là. Elle semble aimer ça ou du moins ne se pose pas de questions. Elle a, c’est vrai, pris une place à part dans le cœur du garçon, qui se dit pourtant trop grand maintenant. La mère, la vraie, quand elle s’apercevra de son importance, trouvera le moyen de l’évincer.

L’arrivée de Jessica, la fille de Val, va venir gripper la petite machine bien huilée. Dix ans qu’elle n’a pas vu sa mère. Elle veut entrer à l’université, faire des études d’architecture. Et toute la famille, à peine rencontré, de lui remettre les pieds sur terre : c’est une filière difficile, impossible (surtout pour elle ?) Mais Jessica n’a pas intégré sa place de fille de domestique. Elle est sûre d’elle (trop, penseront le fils et sa nanny). Au grand dam de sa mère, elle accepte ce qu’on lui propose, revendique ou se sert quand on lui refuse (la chambre d’amis, la crème glacée du garçon, le déjeuner à la table familiale). Elle ne se soumet pas, ne baisse pas les yeux, ne veut pas être une personne de seconde zone, comme sa mère. Jessica se sent l’égal de ces gens-là. Et ça marche ! C’est donc vrai que le pays est en train de changer, constate la mère amère. A la maison aussi, émerge un nouvel ordre. Le fils tombe sous le charme, puis pleurniche de plus belle sur la réussite de la jeune fille ; la riche mère, hostile, pressent le danger et veut l’écarter (tout comme chasser le rat qui rôde et menace dans la piscine…) le père se prend à rêver de changer de vie et la mère, la vraie, se réveille…

une seconde mere allez ma fille 1 Critique : Une seconde mère, Allez ma fille !

On regrettera le dernier rebondissement du récit, vite éludé et minimisé. Il n’apporte rien au propos. 

Une Seconde mère est finalement un joli petit film, à la vision pourtant simpliste, idéaliste, parfois peu réaliste. L’image est belle, comme semble l’être le quotidien dans cette belle propriété. Le combat paraît facile, la partie vite gagnée. Mais on veut bien, deux heures durant, se laisser aller à rêver et savourer ce moment : la victoire des petits sur les puissants.

Les comédiens montrent une belle énergie, les comédiennes surtout. Ce sont elles les grandes gagnantes de l’histoire, les hommes paraissant dépassés et résignés à la passivité. Le progrès social viendra de cette jeune fille qui a, pour elle, son envie d’apprendre, ses ambitions et sa clairvoyance, prête à saisir toutes les chances. Même si les riches proposent des choses parce qu’ils savent qu’on va dire « non », elle refuse de jouer ce jeu de dupes et elle utilise leurs armes pour remettre chacun à sa place et gagner la sienne au soleil…