Rédacteur - Alexis Pommier

Festival de Cannes 2015

Il s’écoule toujours beaucoup de temps entre les films de Nanni Moretti, cela se ressent d’ailleurs dans chacun d’eux. Moretti, c’est ce genre de réalisateur qui sans forcément se prêter au jeu risqué de l’autobiographie (autofiction) ancre en chacun de ses films une part de lui-même. Pour celui-ci particulièrement, elle se dessine comme une sorte de diagnostique psychologique. Avec un peu (beaucoup) d’imagination, voir un film de Moretti c’est un peu comme prendre de ses nouvelles.

Dans Mia Madre, le réalisateur rend hommage à sa mère et plus encore, il nous invite à comprendre ce que représente la mère en chacun de nous. En réel symbole, la disparition de celle-ci est une étape importante dans la vie de quelqu’un et c’est par ce fil que Moretti en nous accrochant à son histoire, ou du moins à la part personnelle qui en découle, nous fait échapper au sentiment malsain qu’elle puisse provoquer. La mort de la mère, c’est en quelques sortes une seconde naissance. Plus rude, plus traumatisante, elle nous jette dans l’immensité de l’océan où l’on se retrouve d’un seul coup surpris de ne plus savoir nager.

Dans un rythme langoureux, accompagné par Margherita Buy, on est transporté vers l’inévitable. Fort heureusement la fatalité n’est pas au rendez-vous. Moretti est bien plus soucieux que ça. Ici, Mia Madre ne s’écrase pas en un simple bilan funeste. Il n’en est même pas un du tout. Le réalisateur nous parle de beaucoup de choses. Le rapport des gens entre eux, le cinéma surtout à travers le personnage de Margherita. Un constat s’est imposé en moi : Nanni Moretti est sans doute le réalisateur qui parle le mieux du cinéma et du travail en général. Contextualisant par le tournage d’un film à l’intérieur du film, il donne à voir par un ton de légèreté un regard plutôt doux et acerbe des sortes d’archétypes du personnage d’acteur et de réalisateur au cinéma. En ce sens, John Turturro crée l’équilibre par son côté maladroit. Précédé par sa réputation et fortement égocentrique, il incarne la désillusion du cinéaste à vouloir trop chercher la « star ». En somme, l’inverse du travail de Moretti qui pense l’acteur en tant que personnage, renvoie presque au caractère platonique de « l’artisan du spectacle » tout en sachant user du potentiel pour en faire une figure du film tant par la justesse de son jeu que par la présence qu’il occupe. Bref, il sait choisir ses acteurs sans concession aucune.

critique mia madre 1 Critique : Mia Madre, un état psychologique

Mia Madre est avant tout un état psychologique. Non pas celui de son réalisateur mais bien du personnage qu’il a écrit. Les séquences s’enchaînant dans cette danse lancinante qu’est la vie, on perd vite l’espoir de discerner le rêve de la réalité. Tout se passe, rien ne se passe, c’est sans doute un mélange des deux, des histoires vrai-fausses retranscrivant par là les visions de Margherita. Le deuil ou plutôt cette phase insoutenable qui surgit avant est rapporté par le vécu, dans une justesse confondante, sonnant comme Le Journal de deuil de Roland Barthes.

Toutefois, le film est comme beaucoup une remarquable hymne à la vie, au proche et un regard métaphorique sur la mort (la mère de Margherita est professeure de latin tout comme l’était celle de Nanni Moretti).