Rédacteur - Lou Aubert

Dans un monde dit « moderne » où une majorité de femmes se trouve toujours tant oppressée par des impératifs religieux comme moraux, Haramiste arrive, comme un cheveu sur la soupe, et apporte un regard libre et hors cliché sur de jeunes musulmanes.

Nous vivons dans un système qui plébiscite la bien-pensance et le consensuel, en écartant vivement tout ce qui est qualifié de « dérangeant ». Ainsi, la cause que défend ce film est juste: celle de l’égalité et de la liberté des jeunes femmes musulmanes, à qui on ne donne jamais la parole pour dire autre chose que ce que l’on attend d’elles. Nous admettons que c’est un objectif brillamment atteint pour Antoine Desrosières qui, dans ce moyen-métrage, met en scène deux soeurs musulmanes qui se questionnent et remettent en cause les interdits de leur religion, pour succomber à ce qui les attire malgré elles et comme toute jeune fille normale de leur âge : le désir amoureux.
La question était : à qui sert le plus l’anonymat des rencontres Internet mieux qu’à celles à qui l’amour libre et la sexualité sont interdits ? Rim et Yasmina incarnent ainsi l’éternelle contradiction entre la culture-culpabilisante et la nature-désirante. Ceci afin de montrer que, quel que soit notre culture, notre âge ou notre sexe, nous somme tous des jeunes femmes portant le voile, soumises à des impératifs et à des interdits.

haramiste 2 Critique : Haramiste, regard libre et hors clichés
Haramiste est un film touchant, très parlant, avec une liberté d’expression et un franc parlé auquel nous nous identifions sans mal. Les actrices paraissent tellement naturelles dans leurs rôles que le film entier semble basé sur l’improvisation. Il parvient, tout en défendant une cause honorable, à jouer sur l’humour si bien que nous rions de bon coeur de l’honnêteté et de la complicité de ces deux soeurs. En cette époque où l’image s’auto-zappe dans tant de films, Haramiste est un film avec des plans très longs, ce qui nous familiarise et créé un climat de confiance où le spectateur entre volontiers dans cette chambre pour débattre avec ces deux jeunes filles. Comment on fait une pipe ? Comment coucher sans perdre sa virginité ? Même si c’est « haram »… on rigole de leur naïveté et de leurs paroles crues.

Ce film est l’illustration d’une émancipation tant rêvée mais sans arrêt refoulée. La liberté, on ne la donne pas, il faut la prendre. Desrosières inverse les codes en faisant fuguer Yasmina par la fenêtre : ce n’est plus la demoiselle qui attend au balcon tandis que l’homme monte la rejoindre. Ici la femme prend l’initiative, et ne le regrette pas. Quoi de plus normal que d’avoir des désirs ? On s’étonnerait presque à en oublier que ces filles sont de religion musulmane, car elles sont avant tout jeunes, et ces questions, n’importe quelle adolescente se les pose, au point que l’on se surprend à participer silencieusement à leur discussion sans jamais prendre en compte le fait qu’elles ne « devraient pas en parler car ce serait mal vu ». C’est humain, c’est tout. Ce film est propice à l’identification et créé une parfaite complicité avec le spectateur.

haramiste Critique : Haramiste, regard libre et hors clichés

Très bon moment donc, beaucoup ri, réfléchi, pour enfin se dire qu’il n’y a rien, réellement rien, d’anormal ou de choquant à désirer, quelle que soit notre culture, religion, ou âge. Une bonne leçon de pensée !