Rédacteur - Alexis Pommier

Festival de Cannes 2015

J’ai tendance à beaucoup (trop) m’attacher aux belles histoires. Toutefois ce n’est pas tant dans le fond que dans la forme que celle-ci dégage quelque chose d’absolument remarquable. Le fond c’est l’intrigue, ce pourquoi (la plupart du temps, on décide d’en faire un film) et la forme ici, c’est Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. Oui chers lecteurs, il y a une histoire autour d’un film, d’autant plus avec Depardieu. Monstre sacré du cinéma qu’il est, à l’instar de Belmondo, l’inconscient collectif – la masse populaire, se rend moins dans les salles obscures pour voir un film avec Gérard mais pour voir Gérard dans un film. Terrible constat s’il en est, que ses détracteurs sans doute plus que ses admirateurs s’y retrouvent à travers cette histoire d’amour faite de haine, sur une toile de fond d’amalgames infondés entre la vie d’un personnage public et sa carrière. Là n’est pas le sujet allez-vous me dire et je serais heureux de l’entendre, c’est pourquoi je ne m’étendrai pas là-dessus.
Valley of Love donc, est le seul film que j’aurais vu de la compétition officielle pendant le Festival de Cannes. Un film surprenant, somme toute traité dans une linéarité alléchante qui raconte l’histoire de Gérard, acteur né à Châteauroux, qui retrouve son ex-femme Isabelle dans la Vallée de la Mort pour effectuer un pèlerinage autour du même thème cité dernièrement. Une Vallée de la Mort où règne l’étrangeté, désertique voire lunaire, dans laquelle nos deux personnages tentent tant bien que mal de se retrouver à travers le souvenir et l’immanente apparition qui surgit comme une part d’eux-mêmes. Le fil conducteur du film est-il de ce fait, le chemin parcouru entre la vie et la mort ? Illustré comme tel par des apparitions étranges à la manière d’Edgar Poe, la mort, elle passe comme un coup de vent ou parfois se pose et les observe. Par ces plans de profil, parfois éloignés, Guillaume Nicloux nous fait comprendre que nos personnages ne sont plus seulement l’un (physiquement) avec l’autre mais plutôt tous deux face à la mort, en l’occurence celle de leur fils.

Je pense qu’il n’est pas de trop de dire que le film est servi de tous côtés d’une manière optimale. Les acteurs, tout d’abord, à la hauteur de nos attentes : un Gérard Depardieu magistral dans son rôle de vieux monsieur désabusé, souffrant de son laisser-aller et dans l’incompréhension de la situation dans laquelle il se trouve. Si Isabelle Huppert semble toutefois écrasée par le monstre, elle n’en demeure pas moins une grande actrice, même si les deux rôles principaux qu’offre le film se transforment très vite en un premier et un bon second rôle. Le décor, étouffant, transmis par l’image surexposée rend à la Vallée de la Mort son plus bel hommage. L’atmosphère pesant qui en découle nous absorbe par la musique qui l’accompagne à mi-chemin entre Bernard Herrmann et Pink Floyd par des distorsions entêtantes.

critique valley of love la ou commence lhistoire 1 Critique : Valley of Love, là où commence lhistoire

En somme, Valley of Love a tout d’un bon film, c’en est un d’ailleurs. La nostalgie qui s’en échappe dans les tableaux de Zabriskie Point d’Antonioni fait écho au bonheur de retrouver à l’écran (comme à chaque fois) des couples du cinéma français tels que Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. À travers une course aussi folle qu’absurde, certains auront mis un bémol sur le dénouement du film. Pour ma part, je dirais que ce dernier se termine où l’histoire commence. On reproche trop souvent aux cinéastes de nous en dire trop. Le cinéma est avant tout un imaginaire et quoi de mieux pour lui rendre hommage que de laisser la part belle aux spectateurs ?