Rédacteur - Paul Montoro

Inspiré par l’un des plus anciens recueils de contes de fées jamais écrit (Lo conto de li cunti, de Giambattista Basile XVIIes) Tale of Tales, de Matteo Garrone avec Salma Hayek et Vincent Cassel est un film à la fois captivant et qui invite à l’évasion onirique.
Fort de son héritage de recueil de conte, Tale of tales va nous narrer 3 histoires différentes, ne les faisant s’entre croiser qu’en épilogue et en prologue, sans incidence sur les différentes trames. Ces trois fables se déroulent dans 3 royaumes voisins. Dans chacun on va se concentrer sur la famille royale, le premier est celui Salma Hayek, et des jumeaux de mères différentes, le second, celui de Toby Jones, de sa puce magique et de sa fille à marier, et enfin, le dernier est celui de Vincent Cassel et de sa libido.

La force de ce film réside dans sa faculté à nous immerger dans un univers crédible. En effet, l’image y est particulièrement soignée, les décors sont à couper le souffle mais exempts de fioritures inutiles et d’effets spéciaux superflus. Appuyée par ces décors naturels somptueux offerts par le sud de l’Italie, la photographie bénéficie également d’une esthétique toute particulière et savamment composée. Cette esthétique pourrait être qualifiée simplement, tout y est cru, tout y est naturel et dénudé. Certains plans mémorables donnent tout un ton au film, comme Salma Hayek mangeant un cœur dans une pièce d’une blancheur immaculée, ou Vincent Cassel se réveillant dans les décombres de son orgie de la veille, ou le sol quasi pictural est jonché de femmes et de fruits écorchés.

critique tale of tales tell me more 2 Critique: Tale of tales, Tell me more...

La crudité du visuel trahi ici la vraie nature de ce film. En effet, on parle bien de contes, mais détrompez vous, ce ne sont pas des fables pour enfant qui nous sont contées là, le respect de l’œuvre originale y est tel qu’on retrouve les propriétés premières de ces contes généralement sanglant, sans princes charmants et sans fées pour assurer un dénouement heureux. Ces contes sont adultes et ils ont d’ailleurs le mérite de ne pas infantiliser le spectateur, pas de manichéisme, pas de personnages aux rôles stéréotypés… En un mot, on enterre ici la vision Disney des contes.

La narration est de plus, bien menée, les trois histoires sont équilibrées et chaque transition nous fait l’effet d’un « cliffhanger » de série télé, certains pourront le reprocher à un long métrage, mais il est temps d’admettre que ces dernières années, les deux supports se sont réciproquement inspirés l’un de l’autre. Et qu’il ne serait d’ailleurs pas déplaisant de suivre d’autres contes de cet univers de manière régulière…

critique tale of tales tell me more 1 Critique: Tale of tales, Tell me more...

En conclusion, Matteo Garrone nous offre ici une œuvre personnelle et universelle, il nous montre sa capacité à élaborer un univers fascinant et à la manière de Shéhérazade, il nous raconte des histoires alors que nous, on en redemande encore…
matteogarronesocial Critique: Tale of tales, Tell me more...