Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Remake du film réalisé en 1977 par Claude Berri, Un moment d’égarement, réalisé par Jean-François Richet met en scène un quatuor familial et amical : Deux pères, deux filles. Ajoutez à ça les vacances, le soleil, la détente. Tout semble aller au mieux sur l’Ile de Beauté jusqu’à ce  qu’un des deux pères, Laurent (Vincent Cassel), ne couche avec la fille de son meilleur ami Antoine (François Cluzet).

Il est d’emblée peu évident d’établir le genre de ce film. Lorsqu’on lit le synopsis, on peut s’attendre à un drame aux mille rebondissements mais il n’en est rien lorsque l’on se retrouve en salle obscure. En effet, n’ayant pas vu le film original, je me laisse tenter par cette histoire qui semble traiter de la complexité de l’être humain et des dilemmes qui le suivent tout au long de sa vie et qui peuvent venir freiner la simplicité de son déroulement. On est en droit d’attendre que tout le film soit un concentré d’émotion et de tension admirablement pris en main par le péché de chair. Mais non, le film va de digression en digression et on se perd dans des registres même si les pics dramatiques animent quand même ce long-métrage (il faut bien recentrer le propos et savoir pourquoi on est là…)

Ici, Louna (Lola Le Nann) incarne une sirène qui tente le brave Laurent en reconquête de sa vie et de son intériorité. Il est intéressant de constater que c’est la jeunesse qui est à l’origine du vice et non le quadra en mal de confiance en lui qui va tenter de séduire la petite brunette même pas majeure ! Ici, il la repoussera même et c’est ce refus de la chair qui va accentuer la dramaturgie de la situation.. A notre époque du sexe facile porté par les nouvelles technologies, cette relation entre les deux héros âgés respectivement de 17 et 45 ans ne choque personne. Ce qui pourrait davantage choquer (ou du moins déplaire) c’est la gratuité de l’acte sexuel qui intervient. Cela arrive littéralement comme un cheveu sur la soupe. Peu de temps avant l’acte sexuel, Louna se découvre une attirance pour le meilleur ami de son père et deux ou trois scènes plus tard, ils couchent ensemble. Il n’y a aucun enjeu psychologique, c’est du sexe purement objet de prétexte à faire un film.critique un moment degarement recette dune histoire corse 1 Critique : Un moment dégarement, recette dune histoire Corse

Ah, oui, autre chose : ARRETEZ TOUT DE SUITE DE FAIRE DE FRANÇOIS CLUZET UN PERSONNAGE NERVEUX. Non, sérieux, c’est gonflant. Dans Les petits mouchoirs il était furieux après les fouines, ici, c’est les sangliers. C’est bon, on a compris et on s’y perd…L’amalgame est inévitable avec le film de Canet et cette digression (qui dure bien vingt-cinq minutes) nous fait  repartir vers de la comédie alors qu’on commençait tout juste à s’intéresser à l’enjeu principal du film ! C’est quoi cette manie ? Bientôt Cluzet dans un film de guerre en rage contre les asticots ? Les aficionados apprécieraient.

Cassel et Cluzet ont, lors d’interviews, évoqué le film comme étant une comédie. Non, ce n’est pas une comédie. Je n’ai pas ri, j’ai été agaçé. Agaçé qu’on fasse un tel rabattage médiatique sur des films qui n’arrivent pas à se déterminer. Fan de Cassel et de ce qu’il dégage à l’écran j’ai tout de même passé un bon moment, mais au royaume des frustrés je serais le roi.

Si Un moment d’égarement s’est lui même égaré, espérons qu’il ouvrira les yeux à ceux qui les ont laissé fermés sur la nouvelle génération qui est déjà en place et qui se libère. Mesdames, la maitresse de votre mari est encore au lycée mais déjà dans votre lit.