Rédacteur - Paul Montoro

Récompensé d’un lion d’argent à la Mostra de Venise l’année dernière, Les Nuits blanches du facteur d’Andrei Kontchalovski est un film à la fois, déconcertant et lassant.

Filmé autour du lac Kenozero dans l’inhospitalière région d’Arkhangelsk, « Les nuits blanches du facteur » est tourné essentiellement avec des acteurs non-professionnels jouant leur propre rôle, dans leur village isolé de la civilisation. Mais même devant, ce désert froid et vert, le véritable néant se trouve dans le scénario, jugé superflu jusqu’au montage, l’intérêt pour le récit s’en trouve très limité.

Kontchalovski s’essaye ici à une forme de cinéma originale et très périlleuse, une sorte de cinéma du réel contrôlé. Les habitants étaient conscient d’être filmé, mais n’étaient vraisemblablement pas dirigés, ils devaient pour la plupart se contenter de « mimer » leur vie réelle. Ce qui devrait créer l’art ici pour Kontchalovski n’engendre finalement qu’un malaise généralisé aux habitants et aux spectateurs. Un sentiment désagréable de voyeurisme et de gêne pour les acteurs, qui ne sont pas seulement troublés par la caméra mais qui semblent plus contraints qu’autre chose…

critique les nuits blanches du facteur regarder le neant en face 2 Critique : Les Nuits blanches du facteur, regarder le néant en face...

On suit en particulier un habitant du bourg, le facteur, Lyokha, profession vitale pour le village, puisqu’il est le lien avec le monde extérieur, (entre autre il est l’homme qui apporte la paye des retraites qui passe essentiellement dans la vodka). Une première partie se contente de suivre son parcours quotidien, puis, vraisemblablement faute de scénario, on introduit les 2 seuls acteurs professionnels Irina et Timur.

Le rôle d’Irina et de Timur (son jeune fils dans le film) est simplement d’explorer artificiellement le personnage de Lyokha, en lui fabriquant un amour (non-réciproque) pour Irina cette enfant du village revenue d’un long séjour à la ville et une sorte de relation de figure paternelle absurde avec Timur. On veut faire de Lyokha un homme triste dans sa vie qui, arrivé a un certain âge, regarde en arrière et regrette… Le tout en continuant à demander à Lyokha de jouer sa propre vie.

Ce film finalement est en contre-sens complet avec lui même, il veut représenter le vrai, en mettant au point un scénario après avoir filmé des scènes de vie aléatoires…

Le tout est entrelacé de plans de la région, mais la banalité des paysages les rends impropres à la contemplation, sans aller jusqu’à dire que c’est mal filmé, loin de là, mais il n’y a tout simplement rien à filmer dans la platitude du lac Kenozero.

critique les nuits blanches du facteur regarder le neant en face 3 Critique : Les Nuits blanches du facteur, regarder le néant en face...

Le principal reproche que je ferais à ce film est qu’il utilise les habitants, de Kenozero, sans réelle considération pour eux, ils ne sont finalement que des pantins, de la caméra du réalisateur, qui leur construira de toute pièces des vies à leur insu au montage.

C’est un film créé par tromperie, avec même un certain manque d’honnêteté intellectuelle pour ses sujets. A vouloir faire trop « vrai », on arrive à quelque chose d’artificiel et de frustrant.