Rédacteur - Paul Montoro

Muet mais particulièrement éloquent, Le Souffle (2015) d’Alexander Kott avec Elena An, est un film à la fois surprenant et poignant.

Le résumé du Souffle est on ne peut plus bref, une jeune fille vivant avec son père dans les plaines kazakhes, est courtisée par un jeune homme autochtone et par un autre aux traits plus occidentaux, venu d’une grande ville voire même de l’étranger. Ce banal trio amoureux est un prétexte à la captation cinématographique des émotions.

En effet, la virtuosité de ce film repose sur son esthétique rafraichissante et sur sa manière de filmer ses acteurs. La clé de cette virtuosité semble se trouver dans la méticulosité du réalisateur, rien dans le champ n’est laissé au hasard, chaque plan est une composition unique, sur laquelle on veut s’attarder. Et là intervient la seconde qualité de cette réalisation : elle nous en laisse le temps. Le film est d’une durée tout à fait raisonnable mais l’histoire, elle, est assez brève et s’instaure alors une lenteur bénéfique qui permet notamment des plans particulièrement ingénieux.

J’évoquerais entre autres des jeux d’eau, comme la lente coulée d’une rigole, ou encore une plongée verticale dans un puit à l’eau trouble qui doucement va s’aplanir pour laisser apparaître le reflet de deux visages. Ces plans d’une réelle poésie jouent avec des éléments simples et naturels, tels que l’eau, le soleil. Ils donnent ainsi un aspect, « bricolé » au film, comme si le cinéaste, avait posé sa caméra dans cette petite ferme au milieu de nulle part et avait commencé à filmer ce qui l’amusait, ces petites choses que l’esprit humain aime contempler sans vraiment y penser.

le souffle une grande bouffee dair 1 Critique: Le Souffle, une grande bouffée dair

C’est donc cette poésie qui va venir entièrement remplacer les dialogues, et servir le propos d’un film à l’histoire en apparence toute simple. Mais la virtuosité ne s’arrête pas là, sans en dire plus, tout au long du film va s’instaurer un climat sous-jacent sublimé par une séquence finale qui donne à repenser tout le film.

Parmi les autres vertus de ce film, on peut citer un jeu d’acteur toujours convaincant qui relève, largement et avec talent, le défi que représente un film muet aujourd’hui. Ainsi que le choix des décors, simpliste à outrance si bien, qu’on comprend que le désert des steppes est pour ce cinéaste une feuille blanche, un espace de création sans limites, d’où l’art va naitre ex-nihilo.

le souffle une grande bouffee dair 2 Critique: Le Souffle, une grande bouffée dair

En conclusion et tout naturellement, je ne peux que vous enjoindre à aller expérimenter cette forme toute distillée de cinéma, dont aucune miette n’est à gaspiller.