Rédacteur - Margaux Blondel

Akiko est fille unique. Son père est documentariste, sa mère, Kyoko, actrice. Lorsque cette dernière meurt d’un cancer, chacun est surpris et Akiko est bien seule pour s’occuper de toutes les procédures et formalités liées au décès. Unique héritière des effets personnels de cette mère, née à Hiroshima et installée à Paris, Akiko lit un premier journal intime (elle en trouvera neuf autres ensuite) et entame une plongée dans une histoire qui ne lui a jamais été contée. Ce périple amène ainsi Akiko dans sa famille maternelle qu’elle ne semble que peu (ou pas) connaître. Pourtant, dans la bouche de ces étrangers, subitement si proches, surgissent de nombreuses comparaisons, tentant de sceller un lien qui s’avère avoir été presque inexistant.

C’est alors sur la fiction, dont la vie de Kyoko foisonne, que se penche Akiko. Sa mère au delà d’avoir joué dans les films de son époux Pierre-Dominique Gaisseau, incarne une époque sacrée du cinéma français ; la Nouvelle vague. Ainsi l’aperçoit-on dans Made in USA de Godard, sans qu’aucun de ses proches ne puisse déterminer comment cette rencontre eut lieu. Le mystère autour de sa carrière n’est donc pas percé malgré cette halte au célèbre bar « La jetée » de Tokyo et les rares images d’archives à l’écran.

Bien que le documentaire aborde des thèmes intéressants ; la filiation, la culture, le déracinement… on a souvent l’impression de rester à la surface, la faute sans doute, aux impératifs temporels qui, paradoxalement, ont permis au film d’exister. Ce n’est qu’après la mort de Kyoko qu’un tel voyage et l’idée de le filmer -tel un hommage au patrimoine familial d’Akiko- ont pu advenir. On ressent alors la gène, la difficulté de dévoiler ces fragments à la fois intimes et inconnus pendant cette période si froide qu’est le deuil.

cendres memoire embrumee 1 Critique : Cendres, mémoire embrumée

Si les plans fixes permettent aux protagonistes d’user du cadre comme bon leur semble, ceux-ci s’éternisent parfois. Lorsque le dispositif est brusquement rompu pour passer caméra à l’épaule, on s’interroge alors sur la véracité des faits filmés, et la fiction semble envahir le film, à l’instar de l’histoire de Kyoko.

Finalement, Cendres peine à réellement nous toucher à cause d’un traitement plutôt froid et d’une utilisation trop succincte et superficielle des images d’archives. Pourtant, ici et là surgissent des moments de grâce, au comique presque absurde, générés par la communication peu aisée, le tempérament des personnes filmées ou encore le poids des traditions mal assimilées par Akiko.