Rédacteur - Charlie Briand

Tout avait pourtant bien commencé avec ce film « que personne n’osait diffuser » et son réalisateur multi-casquettes un brin étrange. Juste de quoi être intrigué par une histoire qui s’annonce comme une succession de terrains glissants, mais pas parce qu’elle montre des sales races de bâtards à qui on éclate la gueule, ou un putain de négro qu’on crève au Destop. Non, le cinéma est là pour montrer des images fortes, aussi dures et affreuses soient-elles. Le piège se trouve dans la masse de clichés qui occupent nos écrans depuis des années à ce sujet, alors, avant de voir Un Français, on prie pour assister à autre chose qu’un cash investigation sur des mecs qui disent qu’ils sont gentils et qu’ils n’ont rien à voir avec le GUD alors qu’en fait et bah ils sont méchants et ils se retrouvent dans des salles de réunion bizarres avec des drapeaux bleu/blanc/rouge et une statuette en forme d’aigle au milieu de la table.

Vœu exaucé : pas de reportage bidon. En revanche, l’histoire d’un méchant garçon qui devient un vaillant homme au service des plus démunis. Finalement, on aurait peut-être préféré se poser devant France 2 à 23h05 … Enfin, pourrir un film sans se justifier est très agréable, mais ça ne se fait pas trop, et ça ne vous apporterait rien. Voici quelques « arguments » pour vous inciter à gagner 2h (film et transport compris, sur la base d’un individu habitant à 5min d’une salle pseudo art et essai qui passe quand même un peu de pub).

– On a rarement vu un tel défilé de clichés, le tout servi sur une belle frise chronologique. Visiblement, Ça ne suffisait pas de raser le crâne des acteurs et de leur mettre des bombers sur le dos, il leur fallait aussi des docs à lacets blancs, des polos Perry et des tatouages à la con. Insuffisant aussi, le héros fils de prolo. Il faut que le père soit alcoolique et incontinent, puis, subtile révélation finale : cette famille porte le nom de Lopez, au cas où on n’aurait pas compris qu’un jeune skinhead, « c’est pas très intelligent ni cohérent dans le discours tout de même … »

– Le mouvement skinhead, parlons-en. Merci pour la petite bagarre avec le red qui nous rappelle qu’ « ils méritent pô de s’appeler skinhead ces cons là » avant de bouffer un capot de voiture. Dans la continuité de l’action, merci aussi à monsieur le commissaire de nous offrir la distinction suivante : « alors, t’es quoi toi … gaucho ou facho ? ». Blanc ou noir, c’est le problème du film en tout point. D’abord un gros méchant chien, le personnage central est rappelé à l’ordre par son cœur (au sens propre, et malheureusement lourdement figuré) après avoir été méchant avec un petit enfant tout mignon, puis, en communion avec cette France black/blanc/beur qui gagne, lors du mondial 98, avant de servir la soupe du Secours populaire et se retrouver au cœur d’un face-à-face très cheap avec la soupe au cochon de celui qui était son leader et frère d’armes.

un francais un mal pour un mal 1 Critique : Un français, un mal pour un mal

- Au delà des clichés et de la règle manichéenne qu’il suit, le film est concrètement mauvais. On s’interrogera longtemps sur l’utilité de longs mouvements de caméra mal exécutés et de cet instable cadre, qui, espérons-le, ne cherche pas à emprunter au Dogme 95. Chaque étape narrative se voit tronquée par une chronologie obéissant aux plus belles déclarations foireuses du père Le Pen, ou bien aux accidents / morts de ceux qui auraient mieux fait d’arrêter leurs conneries. Ajoutez-y une bonne figure paternelle sortie de nulle part, un peu de sang, d’alcool, et de sexe en guise de décoration, et la recette du film qui vous prend pour un con est complète.

Il ne serait pas très bien vu de critiquer le manichéisme d’un film en adoptant la même posture. Ainsi, le jeu de Paul Hamy est assez remarquable malgré son caractère secondaire, et ce film qu’on aurait voulu rempli d’images fortes n’en est pas vide non plus.