Rédacteur - Léone Metayer

Le réalisateur colombien Oscar Ruiz Navia s’était fait connaître en 2011 avec son premier long-métrage La Barra, douce immersion dans un village côtier de la Colombie. Nous avons le plaisir de le retrouver depuis le 27 mai avec son nouveau film Los Hongos.

Ras, jeune ouvrier dans le bâtiment, est renvoyé pour avoir volé des pots de peinture. Calvin, étudiant en art, prend soin de sa grand-mère avec tendresse. Et c’est par leur envie de peindre sur les murs une fois la nuit tombée que les deux adolescents se retrouvent. Ruiz Navia nous invite à partager leurs errances dans les rues de Cali, en Colombie. Un film aux allures de documentaire, à mi-chemin entre fiction et réalité.

L’un en skate, l’autre en vélo, les deux jeunes vagabondent, prennent ce que la vie leur donne et goûtent à l’illégalité par le street art. Mais c’est surtout le regard tendre de Ruiz Navia que nous avons la sensation de suivre, un regard qui nous emporte dans le charme d’une promenade un peu hasardeuse et désorganisée. Grâce à lui, on s’infiltre dans le quotidien des Colombiens, au cœur de leurs espoirs, de leurs peurs, de leurs croyances, et de leurs joies. On côtoie des visages, des corps, des regards parfois ambitieux parfois indignés, des rires, et même des silences évocateurs. Les voix hypnotisantes d’un groupe de femmes noires qui prennent plaisir à chanter ensemble, la peau ridée de Nanita qui respire la sagesse, le rituel de toilette du père de Calvin, les mains en action recouvertes de peinture, les découvertes charnelles de Calvin et sa petite amie… Los Hongos nous laisse entrer dans leur maison, s’asseoir à leur table, s’allonger dans leur lit.

critique los hongos grande mosaique desperance 1 Critique: Los Hongos, grande mosaïque despérance

Chaque moment, chaque personnage, vient ajouter une couleur à ce portrait de Cali et de sa jeunesse énergique, sans toujours de justification évidente. Mais c’est ça, le génie de Ruiz Navia : s’affranchir du carcan du récit, au risque de nous perdre, et s’aventurer à dessiner une sorte de grande mosaïque colorée et chaleureuse. Cette effervescence complexe est à l’image de la fresque murale que Ras et Calvin réalisent avec un collectif de graffeurs, où l’on voit une femme du Printemps arabe criant « Nous ne nous tairons plus » côtoyer un requin géant.

Ce qui est assez surprenant dans Los Hongos, c’est l’espérance, elle prend place implicitement au fil des scènes et dessine sur notre visage un sourire d’apaisement une fois le film terminé ! Nanita a un cancer, la mort approche, et pourtant sa maison est remplie de vie. Ras et Calvin se font violemment arrêter alors qu’ils peignent un mur, mais cette mésaventure les emmène dans un lieu isolé en pleine nature dont ils savent profiter. Chaque impression d’obscurité est suivie d’une note d’espoir. On a souvent l’habitude de présenter l’Amérique latine sous l’angle du trafic de drogue, de la délinquance, de la criminalité, et de la pauvreté. Merci, Ruiz Navia, d’avoir résisté à la tentation !

critique los hongos grande mosaique desperance 2 Critique: Los Hongos, grande mosaïque despérance

À la fin de Los Hongos, on regrette peut-être que les passages concernant le street art soient finalement peu nombreux… On voudrait les voir, encore et encore, confronter leurs idées à propos de cette fresque collective, parler du Printemps arabe, plonger les mains dans les pots de peinture, grimper sur les murs, dessiner des typographies au coin d’une feuille, colorer les murs de Cali, furtivement, la nuit… Et attraper en vol la précieuse liberté de cette jeunesse prometteuse.