Rédacteur - Alexis Pommier

Cela n’a échappé à personne, le verdict du procès mettant en cause les policiers dans l’affaire Zyed et Bouna a été prononcé la semaine dernière. Cette affaire qui outre le fait d’avoir mis au grand jour la Haine en réponse au mépris et à la répression, a par le traitement qu’en ont fait les médias à l’époque, attisé d’autant plus la peur des quartiers dits défavorisés. Les révoltes de 2005, sont aujourd’hui encore gravées dans la mémoire collective comme l’événement du genre le plus important depuis mai 68.

Les révoltes, c’est également le contexte du film. Pour preuve, les images authentiques qu’utilise Mathieu Kassovitz pour le générique d’ouverture de La Haine, sont prises d’images télévisuelles captant les révoltes de janvier 1994 au quartier des Sapins à Rouen, où les jeunes avaient manifesté leur indignation après que leur voisin Ibrahim Sy fut abattu sur un parking par un gendarme. Ces mêmes images seront à nouveau utilisées par Jean-François Richet, notamment césarisé en 2009 pour sa saga sur Jacques Mesrine (avec Vincent Cassel), en 1997 pour son deuxième long-métrage Ma 6-T va crack-er.

La Haine a autant révélé Vincent Cassel au grand public que fait de VinZ, Saïd et Hubert des sortes d’icônes pop-culturelles. À savoir notamment que de nombreux rappeurs : La Fouine, Booba, El Matador ou Assassin pour ne citer qu’eux leur ont rendu hommage à travers leurs musiques. On parle ici d’un film culte. Un film qui a également ses références de choix. Le trajet en RER vers la capitale où une affiche fait référence au Scarface de Bryan De Palma (The World is Yours) ou quand VinZ se prend pour Robert De Niro dans Taxi Driver devant sa glace (You talkin’ to me ?).

Le noir et blanc extrêmement épuré, contrasté et le cadre faisant corps avec les personnages donne également à La Haine cette part documentaire, cinéma du réel et sociologique qui nous permet en outre de s’imprégner au plus près des personnages. D’ailleurs, pour son dixième anniversaire, le film avait été utilisé comme documentaire et diffusé sur LCP.

Enfin, La Haine c’est ce genre de film avec lequel ma génération et moi avons grandi. Un film porte-parole, dénonciateur, extrêmement instructif qui non content de donner la parole aux « laissés pour compte » réussit à s’universaliser dans la quête d’une compréhension commune. C’est un film qui vit en nous-même et chacun se retrouve partiellement entre VinZ, Hubert et Saïd.

la haine 20 ans apres que reste t il 2 Anniversaire : La Haine, 20 ans après que reste t il ?

Le film est aujourd’hui aussi nécessaire qu’à l’époque. Le discours est le même et si certaines séquences peuvent être perçues désormais comme caricaturales, à l’instar des journalistes en quête de sujets « bien baveux » pour enflammer les poudres, on a aucune doute quant à la véracité des faits transcrits.

Rétrospectivement que reste t-il donc ? Les mêmes choses, les mêmes quartiers, les gens toujours dans la même merde, les mêmes flics (peut-être moins), mais certes le même racisme décomplexé, la montée du FN, le voile médiatique engraînant, la même peur, la Haine encore et toujours.

Mais jusqu’ici tout va bien.