Rédacteur - Claire George

Dans le nouveau film de Stéphane Brizé, La Loi du marché, Vincent Lindon, prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes 2015, campe le personnage de Thierry, un ancien syndicaliste récemment licencié pour « raisons économiques ». Après de multiples rendez-vous à Pôle emploi et entretiens d’embauche de toutes formes, il obtient finalement un poste pour exercer l’un des métiers les plus ingrats au monde, vigile dans un supermarché. 

Dans cette fresque socio-économique, Stéphane Brizé dépeint un monde déshumanisé où de nouvelles lois du travail semblent avoir été instaurées. En effet, l’embauche d’employés se fonde davantage sur le paraître que sur les qualifications et l’expérience professionnelle des individus. Ainsi on voit à travers des entretiens sur Skype et des entraînements avec Pôle emploi que ce long-métrage décrit un monde du travail où il faut se vendre et où, tel un produit de supermarché, on est facilement jeté, à l’instar de ces caissières qui sont licenciées à la moindre faute. La crise semble avoir nié l’individualité de chacun. Même le travail de conseiller à Pôle Emploi paraît mécanisé et de nombreuses personnes sont ainsi victimes d’erreurs d’orientation. On découvre également un monde où les salariés ne se connaissant pas entre eux et n’ont plus pour première préoccupation de faire bloc, comme Thierry qui, épuisé, abandonne le syndicalisme pour chercher seulement à gagner de quoi vivre.

la loi du marche un hommage aux laisses pour compte 1 Critique : La Loi du marché, un hommage aux laissés pour compte

Ce long-métrage est ainsi filmé à la manière d’un documentaire. La caméra oscille d’un personnage à l’autre et tout comme leur vie et le monde du travail, elle ne reste jamais stable. Elle les filme avec pudeur, dévoilant leurs faiblesses mais surtout leurs combats – tel celui inflexible de Thierry, face à ce qui pourrait toucher sa famille. Elle s’arrête parfois sur un visage, notamment celui du personnage principal, scrute ses expressions, comme pour dévoiler son intériorité. Ce film s’attarde donc sur des individus pris au piège dans un monde qui les oublie et sur lequel ils n’ont que peu d’influence, mais qui restent dignes malgré la brutalité de celui-ci. Vincent Lindon et les autres acteurs, tous non professionnels, nous impressionnent par leur sincérité et beaucoup de spectateurs risquent de se reconnaître dans ces personnages manipulés au gré des fluctuations économiques de notre monde. Ce long-métrage qui aurait pu tomber dans des clichés nous surprend par sa justesse. Toutefois certains faits bien que plausibles sont représentés de manière exagérée, probablement afin de servir le propos du film et pour que celui-ci ait plus de portée. Nous sommes également déçus qu’un volet de ce long-métrage n’ait pas été plus développé. En effet il est difficile de cerner les sentiments du personnage quand celui-ci est confronté à un dilemme, celui de dénoncer ses collègues qui risquent leur poste ou au contraire de perdre le sien.

Finalement on ressort de ce film impressionné par la vérité de son propos et une direction d’acteurs qui sert parfaitement celui-ci. La scène finale conclut ce long-métrage par une musique (une des seules du film) répétitive : et tout comme celle-ci, cette histoire ne serait-elle pas vouée à se répéter à l’infini si le monde du travail reste régi par les mêmes lois ?