Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Mediterranea de Jonas Carpignano – 54e Semaine de la critique

Jonas Carpignano a présenté lors de cette 54ème édition de la Semaine de la critique de Cannes son dernier film : Mediterranea. Une immersion émouvante et franche dans les illusions et les déboires de deux hommes qui décident de quitter l’Afrique pour le continent Européen.

Pressé d’offrir une vie meilleure à sa fille, Ayviva quitte le Burkina Faso pour l’Italie de manière clandestine en amenant avec lui son meilleur ami Abas. Très vite les choses se gâtent et les différences de cultures se font ressentir : travail au noir, lieu de vie insalubre et maltraitances, tels sont les thèmes abordés par le réalisateur qui démontre que l’Occident n’est pas forcément une terre d’accueil propice à une reconstruction humaine.

Carpignano traite de manière quasi documentaire son sujet. Nuançons un brin le propos énoncé ci dessus. Les deux protagonistes vont de rencontres en rencontres pour faire de leur nouvelle vie une situation stable et définitive afin d’accueillir au mieux leur famille restée dans leur pays. Ayviva et Abas  sont d’emblée montrés comme des caractères opposés quant à leur nouvelle condition. Alors que l’un va tout faire pour se battre et rester digne face à ce qui les attend, l’autre va très vite se décourager et en arriver à la conclusion que le camp de réfugié dans lequel ils sont installés n’est pas vraiment la panacée tant espérée.

Au fond, il nous est porté à l’écran les craintes ressenties par les habitants d’une banlieue soucieux de garder le peu de confort qu’ils ont ainsi que le calme en apparence présent. Les étrangers sont, de manière irrémédiable et sans détours, pointés du doigt comme des perturbateurs et des dangers potentiels. C’est ce qui explique la progressive révolution qui s’opère de part et d’autre et qui nous fait très vite penser à une réelle anarchie qui s’installe comme la peste au sein des rues. Alassane Sy et Koudous Seihon sont l’incarnation d’un malêtre et d’une incommunicabilité entre les cultures. Incommunicabilité qui dévie assez rapidement et de manière frontale en règlement de compte dans une société en mal de mots. Les souffrances de chacun sont exprimées par une violence physique qui heurte dans un XXIème siècle où l’on essaie en vain de privilégier le dialogue. C’est l’animosité des Hommes qui ressort dans une longue séquence où Carpignano prend le temps de rester au plus près de ses personnages dans des plans laissant ressortir tout ce côté primate qui refait surface quand le dialogue ne suffit plus.

mediterranea de la difficulte detre un homme 1 Critique : Mediterranea, de la difficulté dêtre un Homme

A partir du moment où tout le monde en vient à la même violence, on est en droit de se demander s’il n’existe pas une forme d’altérité par les poings. C’est bien malheureux à s’avouer, mais force est de constater que la bêtise humaine et la mesquinerie n’a de cesse de régner en maître dans ce long-métrage qui essaie de prôner l’envie de vaincre.

Par moment, le cinéaste arrive à nous faire rire avec certains personnages et à intégrer une pointe d’humanisme dans son film, mais c’est toujours rattrapé par les réalités sociales qui frappent les deux Hommes.

Alors que ces deux hommes étaient en quête d’un Eden qu’ils pensaient inaccessibles (et qui le reste…?) tant le chemin a été rude et parsemé d’embûches, ils atterrissent sur une terre où le pire des fléaux fait ravage : la xénophobie et l’art d’haïr. De là se pose une nouvelle réflexion post-visionnage : qui a la légitimité d’être ici ?