Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Les Cowboys de Thomas Bidegain – Quinzaine des réalisateurs 2015

Les Cowboys est un film de Thomas Bidegain présenté pour la première fois à la Quinzaine des réalisateurs qui se tient en ce moment même à Cannes. Après avoir été scénariste pour des films tels que De rouilles et d’os ou encore Saint Laurent, Bidegain se lance ici dans sa toute première réalisation.

La famille Balland est une inconditionnelle des rassemblements countries qui se tiennent chaque année dans leur village du nord de la France. 1994. Lors d’une de ses manifestations, la fille de la famille, Kelly disparaît mystérieusement. Se lance alors une recherche qui va prendre de plus en plus d’ampleur et créer un véritable déchirement au sein de la famille.

Le père de famille, Alain, magnifiquement interprété  par François Damiens dramatise d’emblée la situation en spéculant sur un éventuel kidnapping de sa fille. Très vite on lui fait comprendre que c’est une simple fugue et qu’elle va revenir dans les deux jours. Les semaines passent, aucun signe. L’inquiétude grandit alors que les pistes menant à Kelly sont de plus en plus rares et de moins en moins fiables.

Les Cowboys 1 Critique : Les Cowboys, à la conquête de la perte

Au-delà de la disparition de la fille, c’est également des liens qui se font et se défont tout au long du film à cause de cette disparition. La fille peut, sous un certain angle, être vu comme un élément déclencheur et un facteur d’implosion. Implosion mais également émancipation de certains de ses proches. En effet, le fils (Georges alias Kid) va se détacher petit à petit de son environnement pour opérer ses propres recherches et ainsi tisser sa propre vie comme il l’entend. Il faut croire qu’un drame doit survenir au sein d’une famille pour que des vérités éclatent et fassent surgir, en quelque sorte des facettes de nous-même qui peuvent en apparence déranger.  Divorce, mort, rencontres, le fil de l’histoire engendre un renouveau complet des valeurs familiales et humaines.

C’est une quête d’un trésor qui se met en route. Le réalisateur a lui même expliqué que « la famille Balland, au travers de ses voyages pour retrouver Kelly est en territoire comanche ». On joue aux Cowboys et aux Indiens pour sauver une vie, ou du moins, tenter de la récupérer quoi qu’il en coûte.

Les Cowboys 2 Critique : Les Cowboys, à la conquête de la perte

Le film se déroule sur une période de dix-huit ans. Dix huit années durant lesquelles l’évolution ne va pas être au profit de ses membres d’une famille à la base unie et heureuse. Les sentiments exprimés ne deviennent que rancoeur et désespoir. De plus, Bidegain rythme son histoire en diffusant des images des attentats du 11 septembre, de Madrid et de Londres pour que la tension soit d’autant plus forte.

Non content d’assister à cette dislocation familiale, le spectateur est également témoin d’une véritable hécatombe condensée du monde occidental qui le lie aux personnages et crée une identification et une empathie d’autant plus forte.

N’en déplaise à certains, ce film fait parfois preuve d’un véritable discours quant aux amalgames qui peuvent être faits sur les religions et le Moyen Orient. Discours qui accompagne un désespoir et une tristesse permanente qui fait de Les Cowboys un cinéma de la réalité.