Rédacteur - Alexis Pommier

Paulina de Santiago Mitre – 54ème Semaine de la critique

La filmographie latine américaine est depuis de nombreuses années imprégnée du thème des inégalités sociales. Crise économique et contexte politique obligent, elle dépeint à travers ses films une fresque de sa société dans laquelle riches et pauvres ne cohabitent plus. On l’a vu notamment dans Historia del miedo de Benjamin Naishtat, fiction documentée explorant le scindage des quartiers de Buenos Aires à travers une caste de personnages aisés, naviguant entre la défiance et la crainte. Paulina est pour sa part le parfait inverse de ce film. Un personnage qui au lieu d’être résigné à se cacher dans sa villa résidentielle, préfère partir à la rencontre de l’autre, voué à une cause à la fois humaine et utopique.

critique paulina idolatre de lutopie 2 Critique : Paulina, idolâtre de lutopie

Santiago Mitre, à 35 ans, réalise ici son deuxième long-métrage. L’histoire d’une jeune femme avocate, Paulina, qui a travers une quête de sens ne croit plus en ce qu’elle fait. Elle décide alors de travailler dans un programme d’éducation auprès de jeunes d’un quartier défavorisé. Celui qu’on avait remarqué avec El estudiante, décoré du Prix Spécial du Jury des cinéastes du présent au Festival de Locarno, se révèle autant cinéaste que parfait sociologue.

Paulina est clairement ce qu’on attend de voir de la part d’un film sélectionné à la Semaine de la critique. Le réalisateur a l’intelligence de tout oser et la confirmation qu’il reçut pour son premier film y est sans doute pour quelque chose. Et si la caméra portée, tremblante, peinant parfois à capter l’émotion des personnages peut s’avérer touchante, le cinéaste prend de nombreux risques dans ce scénario. Il n’hésite pas parfois à en faire trop, pousser le vice, au risque de nous décevoir ou de nous brusquer.

La force de ce film est de nous montrer presque exactement ce que l’on s’attend à voir et par ce fait il nous surprend. Il nous déroute et on se laisse volontiers emporter par le personnage. Suite à une agression perpétrée par quelques uns de ses élèves, un déclic se crée chez Paulina qui déjà en phase d’opérer un changement radical de conviction se retrouve incomprise par tous, du moins son père étouffant protecteur, dans son refus d’une prise de décision « logique » qui entrainerait une action répressive et totalement impuissante et rétrograde.

critique paulina idolatre de lutopie 1 Critique : Paulina, idolâtre de lutopie

On est toutefois déçu du manque de consistance du personnage du père qui se révèle réellement envahissant qu’à la toute fin du film. Portés par une lassitude fracassante due à l’incompréhension de l’autre (père-fille), la relation d’amour quasi incestueuse des deux personnages porte Paulina au sommet de son art. 

Paulina n’est en somme qu’un personnage politique. Sociale, c’est la cause qui la guide. Dans le refus du système carcéral, elle incarne en quelque sorte l’anti-réactionnaire. Persuadée que l’éducation est le seul engagement légitime auquel elle se voue. Le message passe, révolutionnaire, simple et sans ambiguïté aucune.