Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Green Room de Jeremy Saulnier – Quinzaine des réalisateurs 2015

Présenté en avant-première lors de la Quinzaine des Réalisateurs, Green Room est un film classé d’horreur par l’industrie cinématographique mais considéré de guerre par son réalisateur, Jeremy Saulnier.

Le cinéaste plonge très vite le spectateur dans un univers bien particulier bien que les premières minutes du film soient trompeuses et annonciatrices de tout autre chose. En effet, le groupe de Hard Rock Ain’t Rights est en mal de concerts, de pogos, de bières, bref en manque d’adrénaline et le prologue du film ne prévoit pas du tout une telle descente aux enfers. On s’attend en effet à un road-movie de pure souche. Une date qui s’annule en début de film va très vite les mener vers un tragique destin dont on ne dira pas plus, politique du non-spoil oblige.

green room des pogos aux emotions 2 Critique : Green Room, des pogos aux émotions

Bien que l’intrigue ne se résume qu’en une chose : «sortir de ce cauchemar »( lieu commun du cinéma d’horreur…), Saulnier arrive à nous tenir en haleine grâce à plusieurs astuces de mise en scène, notamment la communication entre les acteurs et un jeu assez rythmé.. Certes, il n’est pas un pionnier du genre mais le sang-froid que les personnages arrivent à garder dans des situations de désespoir, agrémenté d’une pointe d’humour, transporte le spectateur dans le monde de ces jeunes rockeurs qui vont se révéler plus sensibles que leurs chants de révolte ne le laisseraient croire. Ce n’est pas un film où le sale est représenté gratuitement dans des gros plans bien lourdauds et des effusions de sang toutes les trente secondes. Il y en a, on ne va pas se mentir, mais ils sont systématiquement justifiés par une trame scénaristique qui fait avancer la destinée des personnages. Si mort il y a, c’est parce que tout un processus s’est mis en place en amont pour que l’élimination progressive des protagonistes se fasse. On n’a pas affaire à une purge pure et simple.

Chaque moment du film est une remise en question permanente des rapports humains. Le constat que l’on peut faire est que les personnages sont pris dans un engrenage et que « l’union fait la force ». En effet, si les idéaux sont mis en branle c’est bel et bien parce que le réalisateur ne passe pas par quatre chemins pour montrer à l’image ce qu’il a à dire. Quand solidarité devient le mot d’ordre, un opposant peut très vite devenir un adjuvant et faire renverser la situation.
green room des pogos aux emotions 1 Critique : Green Room, des pogos aux émotions

Si Green Room traite de l’absurdité de certaines idéologies extrémistes et de la haine raciale, il explore également un monde underground souvent méconnu et stéréotypé qu’est celui du hard-rock et de ses « pratiquants ». On les retrouve ici totalement affaibli et bel et bien au contact d’une réalité qu’ils vont devoir affronter au sens physique du terme qui est celle d’une violence sans limite  à laquelle ils n’étaient pas du tout préparés…