Rédacteur - Margaux Blondel

Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin – Quinzaine des réalisateurs 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse, le nouveau film d’Arnaud Desplechin veut faire du neuf avec du vieux. C’est au fond ce qu’il a toujours fait en explorant subtilement la mémoire et l’intimité. Mais cette fois malheureusement, les souvenirs peinent à nous toucher lorsqu’ils ne sont plus portés par le couple fétiche qu’incarnaient à l’écran Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric.

En 1996, le réalisateur présentait son troisième long-métrage en compétition officielle ; Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle). On y suivait les aventures de Paul Dédalus, thésard alter-égo de Desplechin, incarné par Mathieu Amalric écartelé entre plusieurs femmes : Esther (Emmanuelle Devos), Sylvia (Marianne Denicourt), et Valérie (Jeanne Balibar).

Presque vingt ans plus tard, c’est pour la Quinzaine des réalisateurs que le cinéaste convoque de nouveau son personnage principal, amené à se remémorer sa jeunesse, lors d’un malencontreux contrôle de douane.

Trois souvenirs de ma jeunesse 1 Critique : Trois souvenirs de ma jeunesse, la nostalgie na rien de bon

Il semble dès lors impossible d’éviter les comparaisons, tant le contraste entre l’oeuvre de jeunesse inspirée et ce dernier film semble grand.

Il est tout d’abord difficile de se laisser porter par les interprétations trop calibrées des jeunes acteurs, encore lycéens pour la majeure partie. Ce manque de naturel rappelle parfois d’avantage la récitation scolaire, dommageant ainsi les dialogues, pourtant empreints d’une grande poésie.

Réflexion sur le temps qui passe (un soin particulier est porté aux décors et vêtements), l’immortalité de l’amour (et cette Esther qui refuse de disparaître, dans la tête et le coeur de Paul) ou la détermination sociale, Trois souvenirs de ma jeunesse se veut tout cela à la fois, sans parvenir réellement à le manifester.

Bien qu’on sente le plaisir qu’éprouve le cinéaste à nous replonger dans cette époque, le film, tel un marathon couru par un asthmatique, s’essouffle beaucoup trop rapidement, constamment alourdi par une musique dégoulinante, et Desplechin, en coach magnanime, de pousser le vice pour atteindre la cent-vingtième minute de course. Aussi les longueurs s’accumulent-elles, sans manquer de ternir la consistance du récit.

 Critique : Trois souvenirs de ma jeunesse, la nostalgie na rien de bon

S’il se veut proustien, le film reste bien loin de la justesse du maître, ne demeurant qu’une douce comédie aux accents vintage, qui se laisse regarder mais n’est jamais loin de lasser. Volonté de découvrir de nouvelles têtes ? De toucher un nouveau public ?

Moins frais et truculent, Trois souvenirs de ma jeunesse se révèle bien en deçà de nos espérances, et s’il parvient toutefois à susciter de la nostalgie, ce n’est qu’à propos de la filmographie antérieure de son réalisateur.