Rédacteur - Claire George

Tout le monde a au moins entendu parler une fois de l’affaire Edward Snowden, cet homme qui révéla en 2013 l’existence d’un système de récupération massive de données de connexion de citoyens du monde entier, mis en place par son ancien employeur, les services de renseignement américains. Ce documentaire primé aux Oscars revient ainsi sur l’affaire de la décennie, opérant comme une piqûre de rappel à l’heure où une loi controversée sur le renseignement vient d’être votée à l’Assemblée nationale.

Dans Citizenfour, le troisième volet de sa série sur l’Amérique d’après le 11 septembre 2001, Laura Poitras nous entraîne dans un huis clos oppressant se concentrant sur le personnage d’Edward Snowden et sur le déroulement de ses  révélations. En effet, nous sommes transportés dans une chambre d’hôtel où celui-ci est interviewé dans le plus grand secret. Ces instants semblent être des intermèdes face aux longues heures d’inactivité de Snowden pour lesquelles la seule occupation possible reste les écrans qui l’entourent, ce qui semble au premier abord assez paradoxal. Au fil des confidences, la paranoïa grandit chez les spectateurs et les journalistes – comme lorsque l’alarme incendie de l’immeuble se déclenche à répétition – et comme le confie l’un d’eux, on finit par ne plus être étonné de rien. On ressort de ce film en ayant compris que les atteintes à notre vie privée concernent également notre liberté de pensée, car se sachant surveillés, beaucoup ont tendance à s’auto-censurer.

Citizenfour 1 Critique : Citizenfour, un bon dans l’Amérique post 11 septembre

Cependant ce documentaire ne semble pas avoir trouvé le bon angle d’approche. On ne sait si la réalisatrice a cherché à se concentrer sur l’homme qu’est Edward Snowden ou sur ses révélations. Deux volontés paraissent en effet s’affronter ici, une première qui cherche à ne pas laisser occulter par la personnalité d’Edward Snowden ses confidences, ce que celui-ci désirait, et une autre qui tend vers le contraire puisque le personnage reste présent tout au long du film, que ce soit à l’image ou par les messages qu’il envoie. De par sa forme, ce long-métrage a donc du mal à toucher le spectateur, la caméra fait office d’écran voir même de barrière entre nous et Edward Snowden car tout ne peut être dit, ni montré. On se trouve donc face à un bon documentaire d’investigation où la plupart du temps, de simples faits sont présentés chronologiquement. Laura Poitras nous dévoile ainsi la vérité comme si ces images pouvaient servir de «preuves à l’appui ». Cependant, il semble manquer un élément pour que le spectateur puisse se sentir proche du sujet.

Citizenfour 2 Critique : Citizenfour, un bon dans l’Amérique post 11 septembre

Peut-être est-ce parce que le film se concentre sur un concept, celui de lanceur d’alerte, symbolisé par ce pseudonyme impersonnel de Citizenfour, qui était celui d’Edward Snowden en tant qu’agent de la NSA ? Le documentaire rappelle en effet de précédents cas et se questionne sur les motivations de ces personnes qui comme ici sont prêtes à sacrifier leur vie privée pour que celle des autres soit préservée. Ce long-métrage en se penchant sur le cas de Snowden tend donc vers cet idéal humain.