Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Tout juste sorti en salles françaises alors qu’il a été présenté pour la première fois au Festival des Films du Monde en 2013, L’Epreuve est un film norvégien d’Erik Poppe. Pleinement dramatique par son aspect ultra-réaliste, ce film est une immersion dans plusieurs niveaux de réalités.

Partons tout d’abord d’un constat simple qu’est la réussite totale du duo Juliette Binoche -Nikolaj Coster-Waldau. Quel jeu, quelle tension, quelle énergie, bref, quel TOUT ! Un tout qui fonctionne et qui prend parfaitement (sans en faire trop) le spectateur dans une dynamique de souffrance et d’empathie vis à vis du personnage de Coster-Waldau.

Sa femme, Rebecca Thomas (Juliette Binoche) incarne une photographe qui se rend dans les zones du monde en guerre ou dont le contexte politique est tendu. Au fil des ans et des gens, son métier est devenu une véritable drogue dont elle n’arrive pas à se sevrer, mettant ainsi en péril sa vie mais aussi son couple et sa famille. Elle entraine tout le monde dans sa spirale, il lui faut son shoot, ses shoots. On pourrait penser à une activité malsaine à laquelle elle se livre, poussant toujours plus loin ses objectifs au plus près de la misère. Des pleurs, des cris, des tirs, de la souffrance et Rebecca au milieu de ce monde qui s’écroule autour d’elle figeant ces instants. Alors, est-ce pervers ? Non, puisqu’à en écouter le discours que le personnage tient tout au long du film, on se rend très vite compte de la morale qui porte ce film : il faut montrer ce que l’on ne montre pas et mettre les gens face à la réalité de ce qui se passe en dehors du confort occidental.

epreuve chronique dune passion devorante 1 Critique : LEpreuve, chronique dune passion dévorante

On a affaire à une thérapie et un processus d’auto-conviction de le part de cette femme dévouée et gangrenée par la photographie tiers-mondiale. Comme elle le dit si bien à sa fille : « J’ai commencé quelque chose et je ne peux pas tourner les talons ». Peut-on fuir sa passion et ce pourquoi nous sommes-faits ? Le film de Poppe remet en jeu cet aspect de nos vies, sur la condition qui nous est donnée et la manière dont notre vie doit et se doit d’être menée. Tiraillée entre l’amour pour ses filles et son mari et son envie d’exposer ce qui dérange, les dilemmes la travaillent et mettent en branle son équilibre émotionnel.

Le déclencheur de tout ce fracas familial est un reportage photo à Kaboul qu’elle a effectué sur une femme servant de bombe humaine. Au coeur de cet évènement, elle a frôlé la mort lors de l’explosion inattendue de cette bombe. Les reproches de son mari Marcus vont faire effet un temps jusqu’à ce qu’un voyage avec sa fille au Kenya fasse ressurgir ses vieux démons. On peut parler ici d’addiction. On observe les mêmes effets de rechute et de manque que chez des accros à l’héroïne. Bien que ces termes ne soient jamais employés dans le film pour qualifier Rebecca, c’est véritablement ce qui se fait ressentir. Et partir à la rencontre du monde est sa seule manière de se soulager de ce manque.

epreuve chronique dune passion devorante 2 Critique : LEpreuve, chronique dune passion dévorante

Deux possibilités s’offrent maintenant à vous : soit vous prenez ce film comme preuve que l’amour bride vos rêves ou alors vous pensez, romantique dans l’âme, que tout se résout par l’amour, même la mort ! A vos choix.