Rédacteur - Nicolas Bussereau

C’est l’histoire d’une troupe de gentils héros : Tony, Thor, Bruce, Steve, Natasha et Clint. Tony fait une connerie. Il crée un super méchant. Il est très dangereux. Les gentils héros ne savent quoi faire. Ils sont désespérés. Ils trouvent finalement une solution. Ils ont un plan. Ils l’exécutent. Ils tuent le super vilain. Tout le monde est sauvé. Tout le monde est heureux. FIN.

Le goût amer d’une impression de déjà-vu émerge durant les deux heures et trente minutes de la dernière adaptation des comics Marvel. Il est manifeste que le scénario, quelque peu caricatural (quoique) que j’ai précédemment cité, représente une trame extrêmement classique, souvent issue du cinéma hollywoodien grand public.

Or mon attente était tout de même grande avant d’appréhender cet objet filmique. En effet, il prétendait aborder des thématiques fortes, telle que l’intelligence artificielle, incarnée par Ultron. Autant dire tout de suite que ma plus grande déception se situe en ce point précis. Ce « super méchant » n’est justement qu’un « super méchant »… Aucune réflexion que l’on puisse soupçonner, de près ou de loin, d’intelligente ne parvient à faire surface. L’ampleur de ce dérapage causé par Tony Stark n’est même pas visible. Il faut juste battre une menace supplémentaire. Et ils y parviennent bien sûr.

 avengers 2 il faut tuer le mechant 1 Critique : Avengers  2, il faut tuer le méchant

Ce qui dérange, en plus de cela, est le traitement manichéen donné à  ce conflit entre Ultron et les héros. L’IA veut le mal puisqu’elle désire l’extinction de l’espèce humaine, les vengeurs veulent le bien. Seules quelques amorces d’introduction à des pistes de réflexions (j’exagère peut-être un peu) nous parviennent entre deux scènes d’action musclées. On peut en effet compter sur les doigts d’une main les moments où l’on peut se dire : « Tiens, Ultron n’est pas si con que ça. » Mais non ! Tout de suite après il faut que l’on nous rappelle qu’il est vraiment méchant. On le fait tuer un figurant, ou bien on lui accorde un monologue nous révélant un peu plus son plan maléfique.

Soyons clair, je n’ai absolument rien contre Marvel, j’ai aimé le premier Avengers. Rien contre Joss Whedon, j’ai aimé le premier Avengers. Rien contre Hollywood, dans le flot de produits purement commerciaux, on trouve de très bons films. Rien contre les films où l’action occupe les trois quarts du temps, comme…le premier Avengers. Rien contre les scénarios pour le moins basiques, un cinéaste doué fait ce qu’il veut de n’importe quel scénario. Rien contre un traitement manichéen des personnages, j’aime Star Wars. En revanche, j’ai une dent contre les films comme Avengers 2 qui sur tous ces points nous frustrent. Le premier film était réussi grâce à son manque d’ambition. Il allait simplement au bout de ce qu’il avait annoncé. Car oui, s’il y a bien une chose qu’on ne peut enlever à Joss Whedon, c’est qu’il a fait un film ambitieux, qui va dans la continuité des productions sérielles de Marvel.

avengers 2 il faut tuer le mechant  Critique : Avengers  2, il faut tuer le méchant

Je parlais récemment du film avec un ami (merci Yohan), qui me disait qu’ils (les producteurs et réalisateurs) devraient aller au bout de leur projet en concevant les productions Marvel à la manière d’une série. Chaque film pourrait ainsi développer davantage ses personnages et ses thématiques et nous faire oublier que nous sommes devant un Blockbuster.

La franchise compte aujourd’hui plus de dix productions abouties et presque autant à venir. Elle gagnerait à avoir un traitement franchement sériel, peut-être en diminuant légèrement les séquences où tout explose, et les autres où on peut voir que tout le monde est copain.

Bref, Avengers 2 est bien loin de la qualité de films comme Iron Man ou surtout le plus récent Gardiens de la Galaxie malgré une ambition démesurée. On sent bien la volonté de plaire au public qui vient pour la bagarre et au public de fans des comics, à qui il faut à tout prix montrer les nouveaux personnages et à qui il faut balancer des vannes bien ciblées. Il manque juste un troisième public à contenter, celui qui apprécie qu’on lui raconte des histoires.  Visuellement, le film n’est pas dénué de points positifs mais il semblerait que le cinéma ne donne pas qu’à voir.