Rédacteur - Léa Auger

Après son premier long métrage réalisé en 2010, La Régate, Bernard Bellefroid nous livre une nouvelle histoire autour du thème de la filiation, mais cette fois-ci du côté des femmes. Melody (Lucie Debay) rêve d’ouvrir son propre salon de coiffure mais n’a pas assez d’argent. Elle décide alors de proposer ses services en tant que mère porteuse sur Internet, et rencontre ainsi Emily (Rachael Blake), grande femme d’affaire anglaise qui ne peut pas avoir d’enfant.

Dès leur première rencontre, on sent entre ces deux femmes un sentiment indicible de gêne, qui d’une part installe le spectateur dans une angoisse, mais l’appelle également à s’interroger sur la cause de cette gêne. Ce sentiment est présent tout au long du film, malgré l’évolution de la relation d’Emily et Melody, si bien qu’on a du mal à donner notre confiance de spectateur au film. Cette tension représente en fait la relation de ces deux femmes, qui repose sur un contrat autour de l’existence d’un enfant, et qui n’existe quasiment pas dans nos sociétés occidentales. Si le spectateur ne sait pas comment réagir face à ces deux femmes, c’est parce qu’elles aussi ont du mal, jouant à deux le rôle d’une seule mère : l’une étant le corps sans l’esprit, l’autre étant l’esprit sans le corps. C’est sur cette dualité que s’interroge le film, qui tente de donner du sens à la création d’un enfant qui renverse tous les codes naturels et sociétaux. Il ne s’agit pas ici de prendre parti pour cette pratique des mères porteuses, mais de mettre en avant la question de la maternité et de la mère. Qu’est-ce qu’une mère ? Pour répondre à cela, le film propose différentes combinaisons de filiation entre Emily, Melody et le futur enfant, pour tenter de définir la place de chacun (qui est la mère, qui est la fille ?). Et dans ces différents scénarios, chacun peut trouver la place qui répond à son symptôme : femme stérile, perte d’un enfant, enfant née sous X, questionnement face à la maternité etc.

melody a la recherche de maternite 1 Critique : Melody, à la recherche de maternité

Le point fort du film est qu’il adopte une esthétique très sensorielle, ce qui se prête parfaitement à son sujet. On parle du corps, on contrôle le corps, on ressent le corps. Emily ne peut pas avoir d’enfant, elle a perdu cette spécificité du corps féminin qu’elle doit emprunter à une autre. Cette incapacité d’être mère est mise en avant par sa silhouette et son style masculins, ainsi que la fonction importante qu’elle occupe dans sa société. Son malheur est tel face à cette incapacité, qu’elle s’illusionne en faisant gonfler son ventre et jouant avec des poupées. De l’autre côté, Melody découvre la maternité et vit sa grossesse comme un grand bonheur, une harmonie nouvelle qu’elle recherchait. Cette approche corporelle met donc en avant les régressions et évolutions des deux personnages féminins, qui passent véritablement par les changements du corps. Les deux actrices font preuve d’un grand talent dans l’interprétation du vécu de ces changements, provoquant une grande émotion chez le spectateur.

Melody offre un huis clos, aussi sensible que brutal, entre deux femmes qui entretiennent un rapport particulier avec la maternité. Il met en avant la souffrance des femmes face à cette question, et les réalités politiques et sociales qui la concernent. Un film bouleversant par son scénario, l’interprétation de Melody et Emily par Lucie Debay et Rachael Blake, et la sincérité avec laquelle il livre le corps féminin à l’écran.