Rédacteur - Margaux Blondel

Un peu plus d’une heure pour suivre à la trace, Rémi, ses pérégrinations, ses doutes et surtout, son ennui pendant une semaine estivale dans une ville de Provence, où strictement rien ne se passe.

Le pré-adolescent dégingandé qui tenait déjà le premier rôle dans un précédent court-métrage de Damien Manivel (« La dame au chien » prix Jean Vigo 2011), a bien grandi, mais même adulte, son flegme est toujours présent.

Grand dadais un peu perdu, son but cette fois, est d’écrire un poème. Pourquoi, pour qui ? Les réponses ne sont sûrement pas au coeur du film. Plutôt en suspension, quelque part dans l’atmosphère un peu étouffante de ce début d’été.

Alors quitte à se perdre, on part avec lui, chercher ce fichu alexandrin idéal, cette rime transcendantale bien cachée… Les entreprises se multiplient mais la page reste vierge. Visite de lieux spirituellement forts -la tombe de Paul Valéry-, épluchage du Petit Larousse, absorption d’alcools forts… rien n’y fait, l’acharnée poursuite de l’inspiration entraine bien d’avantage sa disparition.

Rémi ne se limite pas au cliché du poète maudit et solitaire, qui s’auto-satisferait de ses nébuleuses pensées. Avec des airs de Vincent Macaigne deux fois moins âgé, il approche maladroitement les quelques silhouettes qui peuplent son environnement, qu’importe leur sexe, classe sociale ou âge.

C’est un marin-pêcheur à peine plus vieux que lui, adepte de gros rap, qui l’emmènera goûter l’eau calme de la Méditerranée, une jeune et charmante touriste qu’il poursuivra jusqu’au musée, une femme déjà marquée par le temps qui lui offrira une magnifique danse nocturne.

un jeune poete esquisse inspiree 1 Critique : Un jeune poète, esquisse inspiréeDe ces rencontres résultent des instants de grande poésie, des confessions surannées, des moments de grâce.

Si la profonde et sincère naïveté du personnage, transforme cette volonté un peu banale de devenir un homme de lettres, en un véritable parcours initiatique semé d’embûches et d’échecs, on regrette toutefois les cartons-chapitres découpant le film en 7 parties qui finalement n’en sont pas, tant le tout forme -sans doute à l’instar des pensées du garçon- un homogène univers cotonneux.

On arrive au bout de ce projet flottant autant peiné que Rémi par ses premiers échecs sentimentaux et artistiques, mais avec une vigueur juvénile qui nous incite joyeusement à se pencher sur ces questions métaphysiques, dont l’écho perdure bien au delà de la séance…