Rédacteur - Léa Auger

wim wenders une figure paternelle du cinema UNE Interview : Wim Wenders, une figure paternelle du cinéma

© Hannibal Volkoff pour Nouvel Écran

Suite à son documentaire Le Sel de la Terre (2014), Wim Wenders est de retour au cinéma avec une fiction ingénieusement réalisée en 3D, Every Thing Will Be FineOn suit l’histoire de Tomas (James Franco), qui tente de se reconstruire, notamment à travers son métier d’écrivain, suite à un accident dans lequel il a tué un enfant. Nous avons rencontré pour vous ce cinéaste aux mille talents, qui n’a cessé de faire parler de lui depuis Paris Texas (1984) et Les Ailes du Désir (1987).

 

  • Comment avez-vous pensé ce traitement de l’espace, presque infini, à travers la 3D ?

On avait des paysages formidables, trouvés après de longs repérages. Mais on a décidé de ne pas utiliser la profondeur de champs, malgré la 3D qui impose souvent de la mettre en avant. On a privilégié une profondeur de champ réduite, qui avec la 3D conserve un arrière plan mais plus discret, et donc plus agréable pour l’oeil. C’était aussi un moyen de bien marier les différentes profondeurs du cadre, car je ne voulais pas que l’image soit découpée de manière trop stricte en différent plans.

  • Le travail sur la photographie est incroyable, comment l’avez-vous pensé ?

J’ai choisi de travailler avec Benoît Debie, qui n’était pas spécialiste de 3D, car pour ce film il fallait quelqu’un d’aventureux. On a fait un grand travail sur les couleurs, avec Benoît, les costumiers et décorateurs, car la lumière prenait difficilement avec certaines matières. Et beaucoup de tonalités du film viennent de l’inspiration des tableaux d’Andrew Wyeth, qu’on a longuement étudié, pour sa représentation de l’espace et de la neige.

  • Il y a beaucoup de moments de tendresse entre les personnages, mais ça ne va jamais plus loin, il y a très peu d’intimité entre Tomas et chacune des femmes…

Oui, il est plus proche des enfants que des femmes qui partagent sa vie, c’était écrit de cette façon dans le scénario. Et c’était également le cas de James sur le tournage, qui passait beaucoup de temps avec les jeunes. Mais on espère bien à la fin du film que cela va changer pour Tomas.

  • Pourquoi parler avec autant d’insistance de la question de la paternité, en relation à la culpabilité ? C’est une question récurrente dans votre filmographie. Est-ce que ces deux questions sont indissociables pour vous ?

(rire) Oui je me rend compte qu’on peut voir cela dans Paris Texas, Don’t come knocking, ou Alice dans les villes… C’est peut être que ce personnage de père malgré lui je le connais bien, ou que j’ai des choses à dire sur lui, et donc à travers lequel je veux raconter une histoire. Il est vulnérable de toute façon, c’est peut être pour ça qu’il m’intéresse…

 

  • J’ai vraiment vu la mort de Nicholas comme la perte de l’enfant que Tomas n’aura jamais…

Oui, c’est vrai. Et également, Christopher voit Tomas comme un père. On voit bien cela quand Tomas regarde le dessin de Christopher, sur lequel il est représenté le portant sur ses épaules. C’est presque une image mythique, comme Saint Christophe qui porte qui porte l’enfant Jésus sur le dos.

 

  • C’était voulu d’appeler l’enfant Christopher alors ?

Non, je m’en suis rendu compte seulement plus tard. (rire)

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© Hannibal Volkoff pour Nouvel Écran