Rédacteur - Théo Savary

Ça fait toujours un petit quelque-chose de voir un nouveau Pacino. Pour ma part, c’est toute mon enfance, mon adolescence, bien que né après tous ses plus grands rôles. C’est ce petit frémissement de voir un monstre vivant déjà mystifié et glorifié depuis bien longtemps, jouer un nouveau personnage. Alors évidemment, dans ces cas là, on est toujours plus indulgent. On se laisse séduire par très peu. The Humbling est très inégal, mais l’acteur lui donne un tronc, le stabilise et le tient, plutôt droit tout du long.


Adapté d’un des derniers romans de Philip Roth (Le Rabaissement en français), The Humbling montre la vieillesse, l’écroulement, l’oubli, la folie. Acteur vieillissant, Simon Axler (Pacino) perd son talent du jour au lendemain et sombre dans la dépression. Il entame alors une relation bancale et vouée au désastre avec Pegeen (Greta Gerwig, un peu effacée) la fille lesbienne d’un couple d’amis à lui. Oscillant entre rêve (cauchemar) et réalité, le film est bercé par un désenchantement certain, assumé par l’humour sardonique de Barry Levinson. Il n’est pas facile de passer après le Birdman d’Iñarritu. Sorti trop récemment après le dernier oscar du meilleur film en date, The Humbling ne peut que souffrir la comparaison. On connaît la musique : l’acteur en fin de course, fatigué, qui ne dissocie plus vie réelle et conversation des planches et de la réplique de théâtre. Simon Axler le dit lui-même au début du film en citant le pianiste Oscar Levant : « Il y a une fine ligne entre le génie et la folie. » Dès le départ, l’espace est pris par un pessimisme grinçant, que les quelques brèches de lumière entrouvertes ne peuvent percer. La relation amoureuse est perdue d’avance, désincarnée, tournée en dérision et quasiment simulée dès sa genèse.

Pour rien au monde nous n’aimerions être ces personnages, emportés sans retour possible dans un monde en fin de vie. Même le jeu, la scène, l’incarnation ne sauvent plus. «Tu ne sais pas ce que cela fait d’être sur scène face à un public, soir après soir, et de lui mentir. »

the humbling de barry levinson chronique dun acteur dechu dans un monde mourrant 1 Critique : The Humbling, chronique dun acteur déchu dans un monde mourant

Acteurs de leur propre déchéance, ces êtres choisissent le mensonge, l’oubli, l’illusion. Ou se trahissent eux-mêmes, comme Pegeen qui accepte de se laisser « transformer » par Axler qui l’emmène faire du shopping et l’habille, pour en faire une « vraie femme ». Dans un monde en constante représentation de lui-même, l’acte de bravoure de l’acteur durant l’acte final qui meurt « réellement » sur scène  pour atteindre le paroxysme et l’aboutissement logique de son art, n’est même plus rédempteur, Ici-bas, Shakespeare ne gagne plus.

Alors, Pacino. Il est sublime. Bien sûr, le parallèle est évident. Un monstre sacré de bientôt 75 ans dont les plus grands rôles sont derrière lui, interprétant un acteur sur la fin. Tous deux ont la même obsession pour le théâtre, Shakespeare, et tous deux ont connu la dépression. Tous deux sont en proie à une relation tour à tour tendre et brutale, d’amour et de haine avec leur art et leur don.