Rédacteur - Charlie Briand

La Britpop a beau être redevenue cool depuis quelques années, elle a toujours besoin de se rendre crédible dès lors qu’elle apparaît sur grand écran. Jusqu’à preuve du contraire, le meilleur moyen pour se faire reste de ne pas se prendre au sérieux. Un gars qui ne se prend pas la tête et s’assume en tant que loser, c’est bien à ça que Jarvis Cocker voudrait ressembler. Mais quand on a juste l’air d’un quadra publicitaire de l’Aveyron qui attend impatiemment le mercredi soir pour récupérer sa coke chez son beau-frère, est-ce bien (pas)sérieux ? 

A l’annonce d’un doc (certes, sur un groupe qui ne m’a jamais fait vibrer, mais qui a au moins eu le mérite d’apporter un peu de joie dans le grisâtre environnement des prolos du Yorkshire) qui revient « aux origines » d’un groupe britannique, qui plus est dans LA ville qui a vu naître le premier club de football, j’étais relativement enthousiaste. Or, dans Britpop, même s’il y a ce Brit qui me fait saliver, il y a ce Pop qui me ferait plutôt gerber. Et qui dit pop, dit caméra et fil narratif totalement centrés sur la figure emblématique d’un groupe moyen des années 90 : son chanteur. Que Damon Albarn et Ian Brown restent loin de tout ça, charisme et talent sont des points qui nous semblent totalement étrangers quand Cocker nous raconte sa (non-)vie qui nous réjouit à l’idée d’être de ces common people sur lesquels le documentaire aurait eut intérêt à s’attarder plus, et autrement, à savoir pas uniquement par le témoignage bateau sur trépieds.

Le manque de créativité formel du documentaire épouse plutôt bien celui qui émane de Jarvis Cocker. C’est bien dommage, car certaines gueules cassées de Sheffield contiennent, elles, quelque chose de vrai, même quand ces témoins n’évoquent que Pulp, dans un langage qui pourrait en dire bien plus qu’un banal tube. Ceux qui auraient également tout intérêt à l’ouvrir, à savoir les membres du groupe autres que la mascotte-Cocker n’ont qu’un temps de parole très limité et celui-ci est, sans surprise, dédié à la figure qui leur aura fait de l’ombre du début à la fin (surtout à la fin aux vues de l’évolution de son tour de taille d’ailleurs). Ce doc se retrouve centré autour d’une figure artificielle construite d’une matière ultra-cheap, à l’image d’un dernier concert annoncé et orchestré comme le serait ceux de Johnny ou des Rolling Stones (Et ne me faites pas croire qu’il y a une différence entre Johnny et les Stones) dans une jolie salle avec des jolies lumières de toutes les couleurs et une jolie recette pour les jolis producteurs. Résultat : les gueules déterrées du Yorkshire sont chassées par le visage boutonneux d’ados américaines, venues voir en vrai (et moche) le type qui remplit leur chambre par l’intermédiaire de posters qui semblent avoir nourri des fantasmes un peu chelous chez ces filles qui ont au moins dû se priver de Burger King pendant un an afin de s’offrir ce merveilleux voyage deux fois plus long que le spectacle / jubilé auquel elles sont venues assister. pulp comment f…ant detre cool 1 Critique : PULP, comment faire semblant dêtre cool

Enfin, une note positive : le procédé d’identification secondaire fonctionne parfaitement. Effectivement, en sortant de la salle, on se sent presque aussi con que Cocker qui essaie, en vain, d’avoir l’air con (et cool) en changeant une roue de Peugeot 206, et surtout aussi cons que ces nanas qui ont claqué toutes leurs économies pour un concert non-moins con. Ok, on a perdu moins d’argent, mais on en apprend vachement plus sur le site de l’INA.