Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Basé sur le manuscrit de l’écrivaine Russe Irène Némirowsky, déportée à Auschwitz après s’être vue refuser sa « naturalisation chrétienne » par l’Etat Français, Suite Française, réalisé par Saul Dibb retrace le parcours de Lucille, une jeune femme dont le mari est au front. Nous sommes en 1940. Alors que les Allemands occupent le pays, Bruno Von Falk, un lieutenant du régime nazi, habite chez Lucille et sa belle-mère. Peu à peu, la jeune femme esseulée et le militaire ennemi vont se rapprocher.


Oui, la deuxième guerre mondiale est finie depuis 70 ans. Oui, on sait que des Françaises ont couché avec des Allemands à en perdre les cheveux (même si on nous épargne cela dans ce film). Oui, le coup de « Je vais faire un film sur la guerre pour montrer ma vision des choses » a déjà été fait. Alors pourquoi faire ce film ?

Si vous avez bien lu le début, il s’agît d’une adaptation d’un manuscrit (finalement publié en 2004 par la fille de l’auteure). Et c’est là que cela peut être intéressant. Il s’agît d’une vision de femme plongée en plein cœur de l’horreur qui nous romance une vue de la guerre. Le film ne nous montre pas des atrocités mais nous fait comprendre que tout n’est pas blanc dans un camp et noir dans l’autre. Mais également que l’amour se cache peut-être derrière un costume kaki. Il faut savoir faire preuve de discernement et d’ouverture d’esprit, même si l’accent allemand sur fond de croix gammée n’aide pas la philanthropie, je vous l’accorde. Mais c’est bel et bien ce qu’il se passe dans Suite Française. Lucille, jeune, belle et bourgeoise ouvre sa porte et son cœur au beau SS Bruno. Et ce qui va les rapprocher ? La musique. Si ça c’est pas mignon tout plein !

suite francaise dialogue avec mes sentiments 1 Critique : Suite Française, dialogue avec mes sentiments

Oui c’est cliché mais on s’en accommode, parce que vu les temps qui courent, voir deux extrêmes se rapprocher et laisser leurs idéaux de côté au nom de l’amour, ça fait du bien ! Bien que se déroulant en 1940-1941, il est intemporel. Il s’adapte à toute époque et à tout type de conflits. Même les conflits intérieurs. Surtout les conflits intérieurs. Attention, il ne faut cependant pas prendre Suite Française à la légère, qui rappelons le une nouvelle fois, est basé sur des faits vécus, vus et entendus.

On croit en l’art comme vecteur de sentiment dans ce film. Von Falk est tiraillé entre ses obligations professionnelles et son amour pour Lucille. Quant à cette dernière, elle oscille entre fidélité pour son mari (qu’elle ne connait pas tant que ça) et son désir de réconfort dans les bras du beau blond. Les deux acteurs principaux (Michelle Williams et Matthias Schoenaerts) arrivent pas mal à nous transmettre l’envie d’ailleurs de leurs personnages, que ce soit en prouvant leur changement de comportement vis-à-vis d’autrui ou en désobéissant respectivement à leur hiérarchie. L’amour peut-il alors triompher de tout ?

Cette question est fantasmée depuis bien longtemps et on connait la réponse…Mais Suite Française, par sa vision plus féminine que masculine de la guerre nous donne à penser que les sentiments vont et viennent au gré de la vie. Et puisque malheureusement, la guerre fait partie de la vie, pourquoi des gens comme Lucille et Bruno n’en tireraient-ils pas…parti ?