Rédacteur - Margaux Blondel

Frankie a la vingtaine, danseur dans une compagnie contemporaine à San Francisco. Alors qu’est mis en place le premier test de dépistage du VIH aux États-Unis, la paranoïa s’immisce doucement dans la société, et dans le quotidien du jeune homme.

San Francisco 1985 dont l’esthétique vintage semble légèrement surfaite, livre un portrait touchant d’une époque, sans toutefois éviter quelques lieux communs.

La musique, fil conducteur du récit, impose l’ambiance : acidulée mais électrique. Dès les premières séquences le Walkman est introduit. Il sera d’ailleurs le seul à accompagner fidèlement le protagoniste. Pour en rajouter une couche, Frankie dit lui-même à quel point tout cela est merveilleux : « la musique se marie au paysage comme au cinéma ». Sans grande subtilité, c’est bien dans cette voie que le film se poursuit.

Pléthore de clichés sur les homosexuels sont sortis du placard.

On discute de la manière « gay » ou non de se tenir, on ne parle plus à ses parents depuis dix ans, nos amis -exclusivement gays, ça va de soi- se prostituent pour gagner leur vie, et avoir un seul partenaire sexuel « relève du challenge ».

san francisco 2 Critique : San Francisco 1985, test mitigé

Pourtant, peu à peu la peur gagne du terrain, et nous permet, pour quelques instants, d’oublier ces stéréotypes…

Grâce aux dialogues épurés, le trouble provoqué par les récentes découvertes scientifiques parvient à radicalement changer l’atmosphère. Pression scientifique, donc, d’être porteur du virus, mais aussi pression sociale – les suspicions au sein de la troupe de danse génèrent une bonne dose d’ostracisme – et surtout pression urbaine. Par les graffitis malintentionnés, les affiches de prévention sans tact, le malaise s’installe.

Mais pas d’inquiétude, ces sombres instants très réussis ne sauraient envahir le film, tant l’apparente volonté du réalisateur de signer un « feel good movie » est appuyée. À cet égard sont intercalées de nombreuses et longues séquences de danse, et autres moments mièvres, accentués par la, néanmoins agréable, photographie aux tons pastels.

san francisco 1 Critique : San Francisco 1985, test mitigé

Le film utilise également de nombreuses métaphores peu délicates ; ou comment décrire les problèmes de communication, par le fil du téléphone emmêlé, la fin de l’espoir et à fortiori de la vie par le Walkman cassé ou encore l’apparition du virus dans la communauté gay avec l’invasion concomitante de souris, grouillant dans les recoins sombres des placards de l’appartement.

Loin du récent -et magnifique- Love is Strange, d’Ira Sachs, le film parvient à nous attendrir et nous tenir éveillés, sans toutefois laisser un souvenir impérissable, tant certains aspects sont exagérés et peu naturels.

Dans ses inspirations et références, Chris Mason Johnson, le scénariste, réalisateur et producteur du film cite principalement BLEU de Kieslowski. À part la couleur des nombreux jeans visibles à l’écran, nous, on cherche encore pourquoi…